20 novembre 2018

(G)rêve des femmes

Les Secrets d'un gainage efficace
Les Filles de Simone | Tiphaine Gentilleau | Claire Fretel
(c) Christophe Raynaud de Lage

Baptisées ainsi en hommage à Simone de Beauvoir et Simone Veil, le collectif Les Filles de Simone revient trois ans après « C’est un (un peu) compliqué d’être l’origine du monde » avec leur nouvelle création collective : « Les Secrets d’un gainage efficace. Cette fois, il n’est plus question de maternité mais du rapport qu’entretiennent les femmes avec leur corps. Comme point de départ, deux livres : « Notre corps, nous-mêmes », publié pour la première fois en France en 1977 et dont une réécriture est en cours par un nouveau collectif de femmes, et « Beauté fatale », de la journaliste et autrice Mona Chollet.

Sur scène, cinq femmes qui écrivent un livre inspiré de « Notre corps, nous-mêmes » (dont un exemplaire sera brandi sur le plateau) s’attaque à l’écriture du chapitre « Normes, beauté, injonctions ». Peut-on compter autant de complexes possibles que l’on compte de femmes ? Le spectacle commence par une mise à nu stupéfiante d’un des personnages, jeune mère, qui fait la liste devant les autres de tous ses complexes devant un public qui comprend d’entrée de jeu qu’en plus des siens propres, on peut se retrouver avec ceux de la voisine car les complexes sont prompts à jouer à saute-moutons.

Durant une heure trente se déploie un panorama des grandes problématiques féminines et féministes qui, malheureusement, n’ont pas beaucoup changé depuis les années 1970 : épilation, méconnaissance de son propre organe sexuel, agressions sexuelles, mythologie de la sexualité féminine telle que racontée n’importe comment par Freud, beaucoup de choses passent au crible du regard à la fois drôle, émouvant et perçant des Filles de Simone.

Si on peut déplorer la forme un peu faible de certaines saynètes, on ne peut que se réjouir de la pédagogie déployée par le collectif devant la jeune génération. « Les Secrets d’un gainage efficace » est un joli manifeste, une parfaite introduction pour sensibiliser celles et ceux qui voudraient bien tendre l’oreille. A la fin de la représentation, les gradins du caravansérail de la Ferme du Buisson ont vibrés sous les pieds des femmes, jeunes et moins jeunes, féministes ou non, en communion avec les comédiennes, dans un grand élan de sororité. Et c’était beau.

Audrey Santacroce

Audrey Santacroce

Rédactrice culturelle.

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