15 janvier 2018

Jessica Lang Dance au Joyce Theater

Jessica Lang Dance
Jessica Lang
« Lyric Pieces » (c) Christopher Duggan

Jessica Lang Dance a réussi à s’imposer en quelques années dans le paysage chorégraphique américain, à tel point que son travail a atteint aujourd’hui un degré de maturité esthétique qui l’apparente aux plus grands noms de la danse contemporaine. Il faut dire que l’ancienne protégée de Twyla Tharp a su concevoir un répertoire d’une richesse quantitative et qualitative remarquable, avec une centaine de pièces depuis 1999. Après une longue carrière de freelance, Jessica fonde sa propre compagnie en 2011 : le Joyce Theater, dans le cadre du showcase de l’American Dance Platform, a eu le bon goût de réunir trois de ses œuvres phares pour deux représentations exceptionnelles.

Ce qui caractérise le travail de la chorégraphe new-yorkaise, au premier abord, c’est une forme d’épure esthétique qui ne confine en rien au simplisme. A l’aise, comme son aînée Twyla, dans le détournement à la fois drôle et délicat de danses folkloriques avec « Lyric Pieces » (2013), sur une musique de Grieg (jouée en live), et déployant un fantasque jeu d’accordéons de papier ; mais aussi dans le conceptuel luminescent avec « Glow » (2017), création pour 5 danseurs et un néon, témoignant d’une liberté de mouvements et d’un sens du rythme particulièrement persuasif. Fascination immédiate, au milieu de ces deux pièces, pour « The Calling » (2006). Solo ultra-court de 6 minutes, il offre à la danseuse Kana Kimura, sur fond du chant médiéval « O Maria, stella maris » un moment de beauté saisissante : tour à tour fontaine de tissu, abîme blanc, son immense robe semble un corps à la fois étranger et organique. Une pièce exceptionnelle que l’on aimerait voir reprise sur une scène parisienne.

Mathias Daval

Mathias Daval

Journaliste depuis 2001, lauréat de la bourse du CNT en 2014, cofondateur de I/O et éditeur pour le Theatre Times, membre de la Fédération des critiques de la presse française. Il est également game designer et chargé de cours en master de journalisme culturel à l'université de Paris 3 Sorbonne-Nouvelle depuis 2020.

I/O n°118

ANNONCE

PODCAST

Prochaine émission : 06/07/2026 en direct du Festival d'Avignon

ANNONCE

À LIRE

Théâtre public

FACEBOOK

Derniers articles de Mathias Daval

Critique masquée

La critique de la critique est un exercice passionnant auquel devrait s’adonner, avec davantage de consistance, les critiques professionnels eux-mêmes dont l’humilité est, faut-il bien le reconnaître, rarement le trait distinctif (à leur décharge pourra-t-on dire que c’est rarement ce que leurs lecteurs ou leurs auditeurs leur demandent). La septuagénaire
9 juillet 2026

Front to Bach

On est déjà familier, chez Anne Teresa de Keersmaeker parmi tant d’autres, de l’utilisation de la musique de Bach, et plus particulièrement des Suites pour violoncelle, comme exhausseur du mouvement qui advient sur scène. Ici, grâce à une hybridation technologique, c’est un peu l’inverse qui opère : chaque spectateur, muni d’un
9 juillet 2026

À moi, comte, deux mots

On ne connaît pas grand-chose de la vie d’Isidore Ducasse, à commencer par ce pseudonyme de « comte de Lautréamont » que l’on suppose inspiré par un roman d’Eugène Sue. Partout où on le cherche, il se dérobe, jusqu’à sa mort dont la cause n’a jamais été clairement établie. Hapax
7 juillet 2026

Outrage au public

Après s’être emparés de thèmes politiques comme l’écologie (World Without Us et Are we not drawn onward to new erA), la finance internationale (£¥€$, présenté dans le « in » en 2019) ou encore la philosophie morale (T.M.), Alexander Devriendt et la compagnie Ontroerend Goed délaissent le champ politique pour un projet
7 juillet 2026

Alcid aminé

Dans la longue histoire de la consanguinité entre mythes antiques et théâtre, tout semble avoir été exploré, du vertige narratif du récit épique à l’ontologie du désespoir du drame psychique. Et puis il y a, comme « Herkül » de Cyril Balny, des tentatives formelles, bancales mais audacieuses, de reconstruire un imaginaire
8 novembre 2025