21 mars 2018

Julie Delille : « Je suis la bête »

@ Florent Gouëlou

« Je suis la bête », c’est d’abord l’histoire d’une double initiation.

Celle de Méline, petite fille abandonnée, puis poussée hors du monde des humains. Elle va rejoindre celui des bêtes pour en être expulsée à nouveau et se trouver à la lisière.

C’est aussi la mienne au travers de ce projet. Et ce sont les forces qu’il a fallu pour le mener à bien. Ce sont quatre années particulières à porter une résolution artistique. Un début de chemin avec la poésie comme force motrice, comme axe absolu dans la pratique de cet art si noble qu’est celui du théâtre.

C’est la confiance et l’accompagnement, les rencontres et le travail avec l’équipe qui ont pu permettre de créer un spectacle exigeant, rigoureux et singulier. C’est aussi et surtout le bénéfice d’un bien rare et vertueux : le temps.

C’est pour moi ce qui est le plus précieux, savoir qu’on a l’espace de temps et de silence nécessaire au discernement.

Le temps, c’est celui de l’affût, tous sens en alerte, avant de bondir pour se saisir.

C’est le maître qui nous apprend à retenir, à nous rassembler pour viser au plus juste.

Continuer à mener un travail de recherche, avoir le temps et le calme nécessaires au développement des projets à venir. Se trouver invitée dans une maison, y faire son nid, y tisser des liens avec ceux qui sont là et avec le public, prendre le temps de la construction et de la confiance, étape par étape. C’est une chance à laquelle toute équipe artistique devrait avoir droit.

Inventer des espaces poétiques intenses, proposer au spectateur, dans ces espaces de suggestion, d’être lui-même créateur et actif.

Tout cela, ce sont les conditions d’un élan, le souffle nécessaire qui peut faire se déployer un projet.

Il faut alors redoubler de vigilance pour rester en mouvement.

Peut-être qu’être artiste c’est choisir aussi la persévérance et une certaine foi. C’est au départ une écoute, un regard, une curiosité. C’est se rêver passeur, un être traversé, faire langage, faire foi. Faire donc et surtout.

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