2 décembre 2018

La Bonne éducation

La Bonne éducation
Eugène Labiche | Jean Boillot
(c) Arthur Pequin

De même qu’un vaudeville en cache souvent un autre — Jean Boillot mettant en scène pas moins de quatre pièces en un acte de Labiche, un vaudeville cache également mille et une ressources subversives ; quand le comique survolté abîme et fissure ce qui bout encore de mœurs mondaines au sein d’un public de théâtre. Ainsi vivote l’herméneutique qui tonne de s’arrêter sur la trépidante actualité desdits textes : on la connaît, on la rabâche d’une verve scolastique… Il faut dire qu’elle est vraie : le vaudeville manque cruellement au théâtre public. Pourtant, un vaudeville ne doit pas oublier d’être parfois exactement ce qu’il est : du rire, et pas n’importe lequel, un esclaffement presque vulgaire et mécanique : « ça pulse », dirait-on. Quid, dans la « La Bonne Éducation » (second diptyque du spectacle, adapté de « La Fille Bien Gardée » et de « Maman Sabouleux ») de cette cruauté du vaudeville que la panoplie d’artifices esthétiques (la scénographie ne dépassant pas le désir de baroquisme) et rythmiques de Jean Boillot vient malheureusement décolorer ? Non pas qu’il oublie le comique (parfois très bon) : il a tendance à l’intellectualiser. Peut-être aura-t-on tellement voulu le faire parler, le vaudeville, qu’on oublierait un instant ce qu’il est.

Victor Inisan

Victor Inisan

Docteur en études théâtrales, spécialiste de lumière de spectacle, critique à Libération et aux Midis de France Culture.

I/O n°117

IO n°117

ANNONCE

À LIRE

CND
Théâtre public

FACEBOOK

Derniers articles de Victor Inisan

Ensoleillé d’existence

Nouveau directeur du CCNN de Nantes, le chorégraphe et danseur Salia Sanou reprend  son concept Multiple-s — des rencontres face-à-face avec un artiste (danseur, musicien ou bien auteur) — dans le cadre du festival Trajectoires, avec un diptyque d’une grande élégance chorégraphique.   On l’aura vu en duo avec Germaine
27 janvier 2026

Le moi n’est pas maître

Sans aucun doute, le précepte psychanalytique « le moi n’est pas maître dans sa propre maison » convient bien à NEGARE et (di)SPERARE, les deux premiers volets d’un obscur triptyque composé par le chorégraphe luxembourgeois Giovanni Zazzera : bien qu’elle pâtisse d’un visuel un peu grossier, la danse sidère par son inquiétante
24 janvier 2026

No hay banda

Deuxième volet du cycle L’Amour et l’Occident, Le Mauvais Sort de l’autrice et metteuse en scène Céline Champinot imagine un cabaret post-apo où quatre figures archétypales revivent la déréliction amoureuse et politique du monde moderne. Sous une faible lumière blafarde, une silhouette écarlate pénètre un cabaret en ruines : chaises
8 janvier 2026

Humain trop humain

Chez Sharon Eyal, les genres chorégraphiques s’entremêlent souvent — contemporain, gaga, même des danses de salon — pour fusionner autour d’une même esthétique, certes genrée et relativement classique, mais qui puise autant dans le ballet que dans le compagnonnage de la chorégraphe avec la Batsheva. Même programme pour le dernier-né
2 décembre 2025

Musée de l’esprit

Actrice vue chez Chloé Dabert, actrice et autrice dans « Le Caméléon » mis en scène par Anne-Lise Heimburger, Elsa Agnès est également metteuse en scène dans « Au-delà de toute mesure », un premier spectacle à la dramaturgie particulièrement délicate, et dont l’humour, d’apparence inoffensive, recèle une étrangeté, parfois
19 novembre 2025