21 octobre 2018

La cérémonie

Conversation
Alain Cavalier | Mohamed El Khatib
(c) Picturetank/Yohanne Lamoulère

Sur la scène, une table ronde type guéridon. Sur la table, des verres, de l’eau, du vin, une baguette, mais aussi un T-shirt, des livres, des reproductions d’œuvres d’art en poster, des carnets. Toutes ces petites choses de rien du tout qui constituent des points de départ à des conversations possibles, et qui mises bout à bout peuvent composer des ateliers de travail, des pans de vie entiers. Car chez Alain Cavalier comme chez Mohamed El Khatib, vie et travail se confondent. Les leurs, dans « Finir en beauté » ou « Irène », et ceux des autres, comme dans « C’est la vie » ou « René ». Alors réunir ces deux équilibristes dansant sur le fil qui sépare fiction et documentaire était une idée pleine de sens.

On devine, au cours de l’heure que dure la conversation, une certaine connivence si ce n’est de l’admiration entre les deux artistes, ce qui laisse à penser que cette performance réitérée n’est pas un coup médiatique mais traduit peut-être une envie de présenter leurs deux publics en soulignant leurs similitudes. Issus tous deux de familles croyantes, se définissant tous deux comme agnostiques, ils ont porté le poids de leur condition sociale. Car si El Khatib évoque la condition ouvrière de sa famille (et parle des deux boussoles de son père comme étant la religion et le communisme, personne n’étant à une contradiction près) face à la bourgeoisie sur laquelle il urinera en rêve, Cavalier, lui, parle d’expiation. Fils d’un Français colon en Tunisie, c’est en rêve qu’il paie le prix des actes de son père.

Autre question sensible, celle du désir et de la sexualité. Si elle fournit à Alain Cavalier l’occasion de deux sorties misogynes qui nous ont fait grincer des dents, elle offre aussi une piste de réflexion sur la différence entre vivre sa sexualité à l’heure du sida, et vivre sa sexualité sans sida mais sans avortement légal. Pour détendre l’atmosphère, un échange de présents clôt la conversation, tandis qu’un petit cadeau est distribué au public, minitotem souvenir de cette rencontre entre deux hommes qui se ressemblent malgré tout.

Audrey Santacroce

Audrey Santacroce

Rédactrice culturelle.

I/O n°117

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