28 juin 2018

La table idéale pour bien manger à Mykonos

DR

On peut ne retenir de Mykonos que ses fêtes débridées sur des plages plus sonorisées que paradisiaques et pour cause ; l’île est assez caricaturale, balayée par les vents et les hordes de touristes. Mais, au détour de notre quête d’un endroit calme et préservé, un havre de paix, de goût et de beauté s’est soudain révélé. Farma est bien plus qu’un restaurant, c’est un concept. Sauf que, au-delà de l’aspect marketing très réussi et très rassurant pour les bobos que nous sommes, c’est à une expérience culinaire à ciel ouvert que nous sommes conviés. Tout l’endroit est pensé pour le bien être de ses convives ; plusieurs espaces répartis harmonieusement dans un jardin donnant sur la mer, jouxtant le potager bio où sont cultivés amoureusement les légumes et les fruits de nos assiettes. Plus loin, des hectares de terre sont aussi consacrés à l’élevage pour la viande et les laitages. Sous le soleil et auto-suffisant donc, tout ce que l’on mange est de l’ultra local, ce qui explique certainement que tous les goûts semblent si puissants, si proches de ce que devrait être une tomate idéale ou une courgette parfaite. Des goûts oubliés pour nos palais urbains. Les recettes sont simples pourtant mais l’exécution toujours précise et juste, de la cuisson à l’assaisonnement. L’émotion provoquée alors par une salade grecque ou des aubergines au four, perlée de quelques grains de grenades, accompagnés par le pain maison et sa tapenade est réelle. S’en suit un poisson grillé découpé à la table et ses feuilles d’épinards, délice de fraîcheur et de légèreté. Le charme se cache dans les détails, dans la sensibilité qui s’évapore de tous les plats ; une herbe, un dressage, un accord audacieux mais jamais prétentieux. L’olivier vieux de mille ans qui trône entre les tables en bois noueux ouvre le regard vers la cerise de la soirée : savourer le coucher de soleil somptueux qui tombe dans l’anse de Ftelia, verre de vin grec à la main, sereins et repus, heureux d’être là et de partager ce moment avec les hôtes de ce lieu qui savent accueillir avec gentillesse le touriste en mal d’authenticité.

 

DR
Marie Sorbier

Marie Sorbier

Fondatrice et rédactrice en chef de I/O.
Critique et journaliste sur France Culture.

I/O n°117

IO n°117

PODCAST

ANNONCE

À LIRE

CND
Théâtre public

FACEBOOK

Derniers articles de Marie Sorbier

Bashar Murkus, le mal de père

Décidément, le festival d’Avignon 2025 a le mal de père. Et c’est le metteur en scène palestinien Bashar Murkus, directeur du théâtre de Haifa, programmé seulement trois fois en fin d’édition, qui met à jour, avec son spectacle « Yes Daddy », un fil cohérent de cette édition. A l’heure où le
25 juillet 2025

Marthaler prend de la hauteur

Soudain, six Suisses en tenues traditionnelles sont dans un chalet. Un monte-charge s’ouvre régulièrement pour apporter La Joconde ou des biscottes, tandis qu’un néon lynchéen grésille sous les poutres. Comme toujours chez le metteur en scène suisse-allemand, tout pourrait se résumer à une devinette pour laquelle l’auditoire attend, un sourire
15 juillet 2025

Ali Charhour, un écrin puissant pour les voix des femmes

Trois femmes puissantes. Ça sonne comme un titre de livre à succès, mais le spectacle que propose le chorégraphe libanais n’a rien du page-turner. Les projecteurs braqués sur le public éblouissent alors que tous les spectateurs cherchent encore leur place ; les yeux cramés par trop de lumière, il sera
8 juillet 2025

Tout simplement Brel

Peut-on danser sur les chansons de Brel ? Petits bijoux d’écriture, ces paroles, pensées pour être interprétées plein de sueur et de conviction, ont une place de choix dans le panthéon des amateurs de chanson à texte. Récits condensés d’images percutantes, ces courts-circuits efficaces s’inscrivent, par cœur, dans la mémoire collective
8 juillet 2025

« Les Incrédules » peinent à nous faire croire aux miracles

C’était pourtant un sujet alléchant. Que le théâtre s’empare du mystère des miracles et interroge ceux qui y croient – et ceux qui n’y croient pas – est une matière à spectacle qui promet. Le miracle, par essence indicible, serait-il plus tangible sur un plateau ? Pour le faire advenir, Samuel
7 juillet 2025