22 novembre 2018

Le dernier qui s’en va laisse la lumière (allumée)

Le dernier qui s'en va laisse la lumière (allumée)
Fabienne Berger
DR

D’abord il y a des mots, des obsessions partagées par les quatre danseuses derrière leur micro comme pour créer une connivence avec ceux qui les regardent, comme pour déjà signifier qu’il ne s’agit pas là d’une performance de danse stricto sensu. Fabienne Berger, chorégraphe du patrimoine helvète, travaille dans un espace aux conventions scéniques très marquées – sol que le blanc délimite créant un espace de non-jeu à vue tout autour ; un ring sans besoin de cordons pour le cintrer – en laissant à la tension des sons et des lumières une place prépondérante. Qu’en est-il des corps dans cette étrange Babel ? Irrémédiablement seuls, ils se débattent par des litanies de gestes tentant d’y trouver du sens ou peut-être simplement une main à serrer. Ne se souciant pas des codes du contemporain, les danseuses exposent leurs névroses, stigmates d’un monde qui, selon les travaux de l’anthropologue Paul Jorion, dont le titre du spectacle est inspiré, a lancé le processus de deuil de sa propre espèce. Plus laboratoire hors du temps que performance, c’est un objet chorégraphique expérimental sous-tendu par la nécessaire transmission d’un esprit du mouvement qui anime désormais les lignes de la chorégraphe.

Marie Sorbier

Marie Sorbier

Fondatrice et rédactrice en chef de I/O.
Critique et journaliste sur France Culture.

I/O n°117

IO n°117

PODCAST

Offre de stage

ANNONCE

À LIRE

CND
Théâtre public

FACEBOOK

Derniers articles de Marie Sorbier

Bashar Murkus, le mal de père

Décidément, le festival d’Avignon 2025 a le mal de père. Et c’est le metteur en scène palestinien Bashar Murkus, directeur du théâtre de Haifa, programmé seulement trois fois en fin d’édition, qui met à jour, avec son spectacle « Yes Daddy », un fil cohérent de cette édition. A l’heure où le
25 juillet 2025

Marthaler prend de la hauteur

Soudain, six Suisses en tenues traditionnelles sont dans un chalet. Un monte-charge s’ouvre régulièrement pour apporter La Joconde ou des biscottes, tandis qu’un néon lynchéen grésille sous les poutres. Comme toujours chez le metteur en scène suisse-allemand, tout pourrait se résumer à une devinette pour laquelle l’auditoire attend, un sourire
15 juillet 2025

Ali Charhour, un écrin puissant pour les voix des femmes

Trois femmes puissantes. Ça sonne comme un titre de livre à succès, mais le spectacle que propose le chorégraphe libanais n’a rien du page-turner. Les projecteurs braqués sur le public éblouissent alors que tous les spectateurs cherchent encore leur place ; les yeux cramés par trop de lumière, il sera
8 juillet 2025

Tout simplement Brel

Peut-on danser sur les chansons de Brel ? Petits bijoux d’écriture, ces paroles, pensées pour être interprétées plein de sueur et de conviction, ont une place de choix dans le panthéon des amateurs de chanson à texte. Récits condensés d’images percutantes, ces courts-circuits efficaces s’inscrivent, par cœur, dans la mémoire collective
8 juillet 2025

« Les Incrédules » peinent à nous faire croire aux miracles

C’était pourtant un sujet alléchant. Que le théâtre s’empare du mystère des miracles et interroge ceux qui y croient – et ceux qui n’y croient pas – est une matière à spectacle qui promet. Le miracle, par essence indicible, serait-il plus tangible sur un plateau ? Pour le faire advenir, Samuel
7 juillet 2025