29 mai 2018

Les Langagières sortent du tombeau

(c) Michel Cavalca

Après avoir créé Les Langagières au Centre Dramatique National de Reims en 1998, puis les avoir enterrées quelques années plus tard au TNP de Villeurbanne, Christian Schiaretti et Jean-Pierre Siméon ressucitent cette année leur festival consacré à la langue française sous toutes ses formes. Durant une dizaine de jours, auteurs et autrices dramatiques, poètes et poétesses mais aussi artistes musicaux vont se succéder sur les différentes scènes du TNP.

Conçues non pas comme un hommage révérencieux mais comme une fête, les différentes propositions des Langagières placent le public sur la même ligne que les artistes. C’est ainsi que, chaque jour, amateurs et amatrices sont invité·e·s aux côtés des néophytes à une consultation poétique. Ce sont des petits groupes d’une dizaine de chanceux et chanceuses qui s’assiéront dans une loge du TNP autour d’Albane Gellé, Franck Delorieux ou Julie Delaloye pour échanger une heure durant sur l’écriture propre à la poésie. Première à se frotter à l’exercice, Albane Gellé qui, durant sa consultation, a fait circuler ses livres de main en main, alternant lecture de ses textes et discussion sur son rapport à la poésie.

Moins confidentiel, en parallèle des consultations poétiques, sont donnés des « grand cours » où les maîtres de conférence sont Christian Schiaretti et Jean-Pierre Siméon eux-mêmes, mais aussi l’immense poète Jacques Roubaud qui abordera la question de l’alexandrin. La veille de son grand cours, c’est un Roubaud aux allures de sphinx qui attendait le public dans un cabaret de fortune. Après lecture d’une série de textes alternant poèmes pour enfants et Vieux Coppée Nouveaux, un échange s’installe entre le poète et la salle. Le vieux sage, évoquant alors son ami le poète américain Ron Padgett, aborde la question de  l’invisibilisation de la poésie en France comparativement aux Etats-Unis.

Voilà probablement l’importance des Langagières. Refaire une place à la poésie, c’est un acte de résistance comme se doivent d’en faire les théâtres. C’est pourquoi la programmation de cette nouvelle édition des Langagières nous apparaît si riche. Venir au TNP entre le 22 mai et le 2 juin 2018, c’est pouvoir écouter d’immenses poètes tels que Jacques Roubaud et Valère Novarina, mais aussi découvrir des auteurs et autrices plus confidentiel·le·s (l’autrice de ces lignes ayant pour sa part filé à la librairie du théâtre pour y trouver un recueil d’Albane Gellé sitôt la consultation poétique finie). C’est aussi l’occasion de mieux comprendre ceux que l’ont croyait pourtant connaître par coeur. Il en fut ainsi de Valère Novarina. Mains tremblantes, le poète a lu « Une langue inconnue », court texte paru aux éditions ZOE en 2012, véritable clé pour comprendre a posteriori toute son oeuvre. Récit autobiographique, « Une langue inconnue » est une confession sur les obsessions de Novarina, sur son enfance et sur l’enfant qu’il ne fut pas. On a cru déceler de l’émotion chez l’auteur ; ce fut en tout cas très émouvant pour nous.

Audrey Santacroce

Audrey Santacroce

Rédactrice culturelle.

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