1 juin 2018

L’historique Burrell Collection s’expose à Marseille

Courbet, Degas, Cézanne... Chefs-d'oeuvre réalistes et impressionnistes de la collection Burrell
Claude Mglietti | Luc Georget | Xavier Rey

C’est en fanfare que rouvre le musée Cantini après plusieurs mois de travaux. Profitant de ceux qui contraignent la Burrell Collection de Glasgow à fermer temporairement ses portes, la ville de Marseille réalise un véritable coup pour les amateurs d’art classique en faisant venir une sélection de cinquante-huit tableaux des plus grands peintres français jamais sortis du Royaume-Uni depuis que Sir William Burrell fit don de sa collection à la ville de Glasgow.

La Burrell Collection, ce sont neuf mille oeuvres environ, une collection encyclopédique qui balaye toutes les époques et tous les continents. « Un mythe pour les amateurs d’art » selon Xavier Rey, directeur des Musées de Marseille et co-commissaire de l’exposition. Et dans cette exposition qui se tiendra jusqu’au 23 septembre 2018, ils sont tous là, les grands noms de la peinture française : Degas, Manet, Boudin, Fantin-Latour, Daumier ou Courbet, pas un ne manque à l’appel. Si le musée marseillais s’enorgueillit d’exposer une nature morte de Manet que même le Musée d’Orsay n’avait pas pu accueillir lors de sa rétrospective, on ne peut cependant pas lui reprocher d’avoir fait une exposition best-of qui se contenterait de juxtaposer les toiles sans fil conducteur ni cohérence.

L’accrochage s’ouvre et se clôt avec deux tableaux révolutionnaires : « L’Aumône d’un mendiant à Ornans », de Gustave Courbet, et « La Répétition » de Degas. Courbet, véritable Jeff Koons de son époque dit encore Xavier Rey, représente un mendiant donnant une pièce à un petit bohémien. Scandale au Salon de 1868, un critique et ami du peintre y voit pourtant une prédiction sur l’avenir du pays, entre désastres financiers et industriels. Le tableau de Degas, quant à lui, rassemble une construction innovante de l’espace (« La Répétition » étant construit autour d’un vide central) et multiplicité des scènes sur une seule toile. Entre les deux, le public navigue dans l’exposition à taille humaine et articulée par thématiques ; on y retrouve des marines, des lectrices, des natures mortes, tout ce qui a fait la renommée de la peinture française au XIXe siècle.

Offerte à Glasgow en 1944, la Burrell Collection témoigne de l’avant-gardisme du collectionneur étranger comparativement au collectionneur français. La présence de plusieurs toiles de Fantin-Latour, acquises alors qu’il ne faisait pas encore partie des collections françaises, en atteste. Pour faire honneur à cette collection, le Musée Cantini expose en parallèle toiles et sculptures des mêmes artistes issues de son propre fond. Et ce n’est pas tout : cette exposition exceptionnelle se double d’un programme de films issus de l’avant-garde française des années 1920. Non content de découvrir de grands tableaux, le public pourra également découvrir des oeuvres de Germaine Dulac, Louis Delluc ou Jean Epstein.

Audrey Santacroce

Audrey Santacroce

Rédactrice culturelle.

I/O n°117

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