13 octobre 2018

Mais où est donc Sylvia Plath ?

Sylvia
Fabrice Murgia

En créant l’attente, Fabrice Murgia s’expose à la déception. Mais c’est plutôt le désintérêt qui finalement surgit à l’issue de la représentation, où le bruit permanent ne laisse aucune place à la poésie. C’était une belle idée de porter au plateau les mots/maux de l’auteure américaine Sylvia Plath, méconnue du grand public et pourtant égérie féministe dans les pays anglophones. C’était une belle idée de se confronter aux conditions de l’écriture d’une femme dans les années 1950. Mais la débauche de moyens étouffe l’œil, et le manque de sens frustre le cerveau. Il y en a partout ; le plateau regorge de décors, de caméras, d’instruments de musique, de chants, de gesticulations, de clichés et même de « Sylvia » que le metteur en scène a choisies de démultiplier à l’infini. Les actrices, que l’on sent pourtant capables de belles choses, sont totalement noyées dans cette avalanche d’effets, et l’anecdotique reste, du début à la fin, au premier plan. Étrange sensation d’un spectacle sans propos, illustratif, qui semble justifier à lui seul toutes les critiques sur l’utilisation de la vidéo au théâtre tant il est difficile de trouver un intérêt, esthétique ou dramaturgique, à l’emploi massif de l’image. Aucun décalage ne semble être souhaité ; il est montré ce qui est dit avec en bonus les coulisses d’un tournage, comme si les images premier degré étaient elles-mêmes déshabillées de tout mystère. Tout est donné en version prémâchée, aucune place pour les respirations ou les silences. On pourra aussi s’interroger sur l’archétype de la femme véhiculé – lacrymale et hystérique assurément ; il est alors problématique de s’y attacher et, voilà peut-être le plus triste, de générer l’envie de se plonger dans l’œuvre de Sylvia Plath, qui reste la grande absente de la soirée.

Marie Sorbier

Marie Sorbier

Fondatrice et rédactrice en chef de I/O.
Critique et journaliste sur France Culture.

I/O n°117

IO n°117

PODCAST

Prochaine émission : 30/04/2026

Offre de stage

ANNONCE

À LIRE

Théâtre public

FACEBOOK

Derniers articles de Marie Sorbier

Bashar Murkus, le mal de père

Décidément, le festival d’Avignon 2025 a le mal de père. Et c’est le metteur en scène palestinien Bashar Murkus, directeur du théâtre de Haifa, programmé seulement trois fois en fin d’édition, qui met à jour, avec son spectacle « Yes Daddy », un fil cohérent de cette édition. A l’heure où le
25 juillet 2025

Marthaler prend de la hauteur

Soudain, six Suisses en tenues traditionnelles sont dans un chalet. Un monte-charge s’ouvre régulièrement pour apporter La Joconde ou des biscottes, tandis qu’un néon lynchéen grésille sous les poutres. Comme toujours chez le metteur en scène suisse-allemand, tout pourrait se résumer à une devinette pour laquelle l’auditoire attend, un sourire
15 juillet 2025

Ali Charhour, un écrin puissant pour les voix des femmes

Trois femmes puissantes. Ça sonne comme un titre de livre à succès, mais le spectacle que propose le chorégraphe libanais n’a rien du page-turner. Les projecteurs braqués sur le public éblouissent alors que tous les spectateurs cherchent encore leur place ; les yeux cramés par trop de lumière, il sera
8 juillet 2025

Tout simplement Brel

Peut-on danser sur les chansons de Brel ? Petits bijoux d’écriture, ces paroles, pensées pour être interprétées plein de sueur et de conviction, ont une place de choix dans le panthéon des amateurs de chanson à texte. Récits condensés d’images percutantes, ces courts-circuits efficaces s’inscrivent, par cœur, dans la mémoire collective
8 juillet 2025

« Les Incrédules » peinent à nous faire croire aux miracles

C’était pourtant un sujet alléchant. Que le théâtre s’empare du mystère des miracles et interroge ceux qui y croient – et ceux qui n’y croient pas – est une matière à spectacle qui promet. Le miracle, par essence indicible, serait-il plus tangible sur un plateau ? Pour le faire advenir, Samuel
7 juillet 2025