28 février 2018

Les mécaniques de la réalité

Cerebrum, le faiseur de réalités
Yvain Juillard
DR

Quand Yvain Juillard, ancien biophysicien spécialisé dans la plastique cérébrale recyclé dans le théâtre, monte sur la petite scène de La Loge, il ne faut pas longtemps pour comprendre que notre homme marche sur les traces de Pierre Mifsud ou Martin Schick (dont l’autrice de ces lignes avait adoré respectivement « Conférence de choses » et « Halfbreadtechnique »). Mi-scientifique, mi-boute-en-train, Yvain Juillard propose une conférence performative d’un peu plus d’une heure sur les neurosciences. Ne partez pas tout de suite, on vous promet que c’est intéressant.

Avec une voix qui donnerait envie de lui faire lire des histoires de Winnie l’Ourson pour s’endormir, l’artiste entre directement dans le vif de son sujet en proposant une expérience très simple : le cube suspendu en fond de scène, le voyons-nous plein ou le voyons-nous creux ? Et nous voilà parti·e·s dans une exploration de la réalité, toute de vulgarisation scientifique pour qu’on y comprenne quelque chose – les biophysicien·ne·s spécialisé·e·s en plastique cérébrale étant probablement rares dans la salle – mais qui soulève aussi un questionnement vertigineux : notre réalité est-elle celle du voisin ? Y a-t-il une réalité universelle ? À moins que chacun n’ait la sienne ?

Flirtant avec la phénoménologie kantienne, Yvain Juillard aborde alors le concept du noumène. Et on se surprend, alors que l’adjonction de la philosophie kantienne et des neurosciences a largement de quoi nous effaroucher, à comprendre ce qui nous est raconté. Grâce aux expériences proposées qui émaillent le spectacle, grâce aux dessins à la craie pour nous aider à conceptualiser, grâce aussi au talent de conteur d’Yvain Juillard qui a eu la malice d’intégrer un personnage d’enfant à sa conférence. Cet enfant, s’il peut faire ricaner, n’en reste pas moins un symbole. Il est celui qui, avant d’avoir été échaudé, pose des questions et a envie de comprendre. Nul doute que si Yvain Juillard avait enseigné les sciences, il y aurait eu beaucoup plus de biophysicien·ne·s spécialisé·e·s dans la plastique cérébrale, ce soir-là, dans le public de La Loge.

Audrey Santacroce

Audrey Santacroce

Rédactrice culturelle.

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