16 mars 2018

Tchekhov, l’éternel

La Cerisaie
Anton Tchekhov | Christian Benedetti
© Simon Gosselin

« La Cerisaie » c’est le vieux monde qui disparaît, l’avènement dans la douleur d’un possible bouleversement de l’ordre des choses. La citation de Henri Calet : « ne me secouez pas je suis plein de larmes » pourrait tout à fait être la maxime de ce drame fin de siècle. Dans cette version au Théâtre-Studio d’Alfortville, la mise en scène de Christian Benedetti y est à la fois classique (de par sa scénographie) et moderne (le ton, la frivolité exagérée, la farce). L’absence de communication entre les personnages est frappante. Aucun dialogue ne peut aboutir et les scènes semblent se manger les unes aux autres. Tout est déjà perdu d’avance : la propriété familiale va être vendue et il va falloir quitter le paradis perdu. Même l’amour, qui irrigue de façon souterraine les personnages, ne parvient pas à inverser le cours des choses alors que le mariage de Varia avec le riche Lopakhine pourrait infléchir le destin de cette famille désargentée. Christian Benedetti propose avec sa troupe de comédiens une version convaincante de « La Cerisaie » où certains personnages, apparemment secondaires, ressortent à merveille : en particulier le vieux majordome Firs, très touchant et Epikhodov, l’amant éconduit d’Ania, qui est comique à souhait. La grande palette d’émotions créée par la troupe au cours de ces une heure trente de spectacle, souligne avec évidence la profondeur de cet texte intemporel.

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