7 juillet 2018

TIFA : performing art au cœur du temple

D’abord, il y a une ville. Capitale de l’île de Taïwan, Taipei est certainement l’endroit le plus attachant de cette région extrême-orientale. Moins courue que ses voisines, elle est pourtant le mélange rêvé de ces traditions qui déclenchent le voyage des Occidentaux, d’une modernité asiatique tout en technologie et d’un way of life qui donne à tous l’envie d’y revenir et de s’y perdre à nouveau. Et au-delà de sa gastronomie de rue et de cour qui justifierait à elle seule le déplacement, il y a le théâtre. Ou plutôt deux théâtres jumeaux qui s’érigent majestueusement comme des temples païens en miroir sur une immense place au cœur de la cité. Le National Theater et le Concert Hall fêtaient ce printemps les dix ans du Taiwan International Festival of Arts (TIFA) et aussi la signature avec la scène nationale Le Phénix, de Valenciennes, d’un projet de coopération pour accompagner la création artistique. Le Kaidong Project (qui peut se traduire par « bon appétit » !) est une mise en commun d’outils institutionnels pour soutenir les aventures artistiques ambitieuses, à travers leurs festivals respectifs d’abord (TIFA et NEXT, Cabaret de curiosités), mais aussi tout au long des saisons avec de multiples possibilités de travailler ensemble, de venir découvrir, partager et parfois collaborer avec d’autres artistes pour franchir allègrement les problématiques de langue et d’esthétique. Ce n’est pas qu’un pas vers l’international, c’est un chemin qui prend le temps de se dessiner et qui offre aux compagnies des deux pays les moyens de structurer et d’enrichir leur projet au-delà d’une simple diffusion. Côté français, ce sont Julien Gosselin (dont nous retrouvons les créations « Joueurs », « Mao II », « Les Noms » à la FabricA), Damien Chardonnet Darmaillacq, Antoine Defoort et Halory Goerger qui bénéficient de ce programme, et nous découvrirons notamment les œuvres de Su Wen-Chi, Yu-Ju Lin et Baboo Liao (nous avions vu son travail l’année dernière : https://www.iogazette.fr/critiques/regards/2017/made-in-taiwan/)

Le TIFA est l’un des festivals d’art scénique les plus importants d’Asie et accueille notamment une dizaine de productions internationales. Nous retrouvions cette année l’improbable « Richard III » de Thomas Jolly, mais aussi le magnifique spectacle pour jeune public « Dark Circus », qui n’en finit plus de tourner autour du globe (https://www.iogazette.fr/critiques/focus/2015/attention-mesdames-messieurs/), le contrasté « Betroffenheit » de Crystal Pite, ou encore le majestueux « Nelken » de Pina Bausch. Nous vous ferons grâce de la production du belge Claudio Bernardo « Giovanni’s Club », concentré de clichés en tout genre, et préférerons l’innocence de la chorale du Taipei Philharmonic Chamber Choir. Leur « Ilha Formosa » est une déclaration d’amour par le chant aux paysages de Taïwan. Douze compositeurs internationaux ont été mis à contribution pour créer cette déambulation musicale qui célèbre les saisons qui passent par la diversité marquée et réjouissante des morceaux qui s’enchaînent et ne se ressemblent pas. Et c’est avec trois jeunes prodiges que ce panorama musical s’affine et se complexifie : Kuo Min-Chin, Pan I-tung et Jen Chung, virtuoses d’instruments traditionnels inconnus dans nos contrées, réinventent le répertoire et incarnent sur scène avec « 3X3 back to abnormality » la grâce et la subtilité de leur peuple.

Ce festival, institutionnel par obligation, est le seul du pays à pouvoir accueillir des propositions aussi imposantes et se doit donc de maintenir le difficile dosage du « contemporain pour tous ». Côté défrichage, ce sera à l’automne avec la biennale de théâtre que tout se joue. On a déjà hâte d’y être.

 

Marie Sorbier

Marie Sorbier

Fondatrice et rédactrice en chef de I/O.
Critique et journaliste sur France Culture.

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