31 mars 2018

Topo sur les topoï

A Propos De La Ménagerie De Verre
Dominique GIlliot
DR

Empruntant tout à la fois au stand-up, à la pantomime – la liste est longue –, Dominique Gilliot se propose d’aborder le lieu dans lequel elle performe comme une matière propice à l’éclatement des formes.  Sa proposition est un récit erratique, dans ce que l’adjectif a de plus beau, au sujet de l’expérience toute subjective faite par l’artiste du lieu où il crée. Une démarche philosophique qui s’essaie à des tentatives de définition en tous sens d’une topographie de la Ménagerie de Verre : le lieu est avant tout un nom, mais aussi un volume, une œuvre architecturale érodée par le temps. Autant d’éléments qui seront des pistes explorées par ce nouveau genre de savant fou minimal qu’incarne Gilliot, avec toute sa verve, son humour et sa poésie. Néanmoins l’artiste mène plus largement une réflexion revigorante sur ce que sont une performance, une artiste en pleine création, tâchant ainsi d’écorcher quelques vieux mythes. Citant Borges, Gilliot recourt largement au principe de la tautologie : la performance se montre en tant que performance in progress. Le public est constamment pris à parti, pour ce qu’il incarne : un organisme avide de spectacles, de propositions – devenant l’agent indispensable à l’élaboration d’une supercherie spectaculaire. L’humour de connivence est largement exploité mais sans complaisance ; nous est offerte une gentille moquerie de ce « public de lettrés » comme Gilliot l’appelle elle-même. Intelligence du rire, dont les éclats sont la conséquence d’une mécanique de l’absurde bien huilée. Phrases faussement naïves, postures délicieusement simplistes s’enchaînent pour cheminer vers une poésie qui s’élève progressivement de ces tentatives prétendument maladroites, convaincantes par leur inefficacité, déroutantes parce que fondées sur un aveu d’impuissance à mettre en œuvre, tout en élaborant in fine une œuvre d’art convaincante. La performance devient une poétique du « lieu commun », aux accents tout flaubertiens. Avant de s’aventurer à bord de l’« Etrange Cargo », « A propos » est le ponton idéal où se tenir, tout en regardant une passoire danser sur un rétroprojecteur, rien que ça.

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