12 octobre 2018

Un « Dance Concert » déconcertant

Dance Concert
Ola Maciejewska
DR

Nous voilà face à un objet surprenant : des instruments inconnus, sortes de machines à antennes, sont pendus au plafond comme d’étranges créatures. Ça commence comme ça d’ailleurs, par un vrombissement d’ailes qui parcourt la salle, et on est d’abord intrigué par le dispositif, bercé par le son qui surgit de nulle part. Vient alors une danseuse. Puis deux. Puis trois. On perçoit rapidement la corrélation entre les corps et les notes sans réellement comprendre si les gestes déclenchent ce que l’on entend ou si c’est la musique qui met en mouvement les trois femmes. C’est troublant. Leurs membres deviennent des archers au même titre que les vibrations et les rythmes qui émanent des « thérémines » (les fameux instruments) impactent la matière chorégraphique. Il n’y a plus de compositeur, et les sons enregistrés se mêlent à ceux qui sont produits sur scène. Ola Maciejewska brouille sciemment les pistes.

Ce qui est intéressant, c’est que le son déréalise les corps, les états de corps. En cherchant à produire certains bruits, les interprètes inventent une gestuelle désarticulée, convoquent des mouvements directement connectés à leur ressenti musical. Tels de curieux insectes, elles se battent avec l’air pour faire naître la musique. Un instant, on pense qu’il va y avoir une distanciation intéressante, presque une forme d’humour au cœur de cette performance déroutante. L’une des danseuses offre en effet un regard perplexe au public, comme l’expression surprise de ce que son propre corps déclenche dans l’espace. Mais non, on en reste à l’exécution pure et dure, et par la même occasion, on laisse le public à la porte.

Ola Maciejewska affirme réaliser une écriture dramaturgique à partir des sonorités, du choix particulier d’une résonance ou d’une autre. Mais de dramaturgie, on n’en voit guère. L’artiste veut dénoncer un rapport viril et machiste au bruit. Soit. Les danseuses sont en treillis et exécutent des mouvements inspirés de sports de combat. Soit. Et après ? Ça s’épuise, ça ne va pas plus loin. On reste perplexe devant l’œuvre présentée et on s’interroge encore une fois sur la limite entre spectacle et expérimentation. Faut-il nécessairement être féru de musique contemporaine ou connaître tout Cunningham pour apprécier ? Si c’est le cas, c’est bien dommage, car le public n’a pas toujours les moyens d’entrer dans la ruche même s’il rêve de danser aux côtés des insectes.

Lillah Vial

Lillah Vial

Diplômée d'un Master Métiers de la production théâtrale ainsi que d'un Master recherche Lettres et Arts.
Formation de comédienne et danseuse.
Ancienne rédactrice pour le web magazine Profondeur de Champs et journaliste pour Festi TV

I/O n°117

IO n°117

PODCAST

Prochaine émission : 18/05/2026

Offre de stage

ANNONCE

À LIRE

Théâtre public

FACEBOOK

Derniers articles de Lillah Vial

Happy Child

Dans « Happy Child », cinq frères et sœurs à nouveau réunis convoquent à l’âge adulte leurs souvenirs d’enfance, leurs jeux, leurs disputes. On va de surprise en surprise dans une escalade burlesque, de perruques en acrobaties, de chants parodiques en travestissements. Le traitement du langage est intelligent : le texte, prononcé
20 mai 2019

Orestea/Agamennone, Schiavi, Conversio

« Notre Orestie (…) est plutôt une œuvre sur l’oeuvre Eschyle » affirme Simone Derai, metteur en scène. « Orestea » est comme une longue performance.  Beaucoup d’images, de somptueux costumes, des masques, des chants… Les premières minutes impressionnent, on se dit que ça promet d’être beau. Mais on déchante assez vite. Trop
23 octobre 2018

De Montreuil au Far West

Un western sur un plateau de théâtre, vraiment ? On se demande s’il va y avoir des chevaux, des morts et du whisky, et comment l’équipe va nous enlever du Nouveau Théâtre de Montreuil pour nous propulser au cœur du Far West. Mathieu Bauer joue en effet avec certains codes du
22 octobre 2018