26 novembre 2019

5 femmes et un Macbeth

Macbeth
Julien Kosellek
(c) Romain Kosellek

Dans sa célèbre « Préface de Cromwell », Victor Hugo fait l’éloge de Shakespeare en ces termes « Shakespeare, c’est le Drame ; et le drame (…) fond sous un même souffle le grotesque et le sublime, le terrible et le bouffon, la tragédie et la comédie », et de cette alliance des contraires résulte « la sommité de la poétique des temps modernes ».

C’est bien dans ce foisonnement et cette tension intrinsèque aux pièces du dramaturge anglais que réside son génie jalousé par les écrivains français, et en fait une ressource inépuisable pour la mise en scène, bien des siècles après. Si on comprend ainsi très bien pourquoi des artistes s’attaquent sans cesse à ces textes, leurs partis pris dramaturgiques, eux, sont soumis à interrogation. Qu’en est-il alors de ce « Macbeth » interprété par cinq femmes qui ont de l’énergie à revendre ? L’implicite « féministe » de cette distribution, soulignée par le programme de salle, ne convainc pas totalement, de même que les choix polyglottes, qui s’appuient sur les qualités des comédiennes, et si l’on se réjouit d’entendre du japonais mêlé à du russe ou de l’italien, dans une sorte de sororité globaliste heureuse, ce choix pêche par son caractère arbitraire. À l’heure où la sorcière vit une réhabilitation, dans une logique du retournement du stigmate, celles de Shakespeare auraient pu être détournées dans une démarche plus revendicatrice.

Néanmoins, le spectacle est rondement bien mené par ces cinq comédiennes qui prennent un plaisir visible et communicatif sur scène, enchaînant numéros de danse, chant, se détachant et reprenant les différents rôles de la pièce à la volée, sans considération de sexe ni d’âge, à l’aide d’un simple accessoire ou en annonçant leur personnage. Mais cette distanciation de facto et ce parti-pris comique nous laissent un brin à la surface, offrant un joyeux divertissement, où les ombres épaisses produites par les lumières sont propices à l’apparition des monstres et des spectres, rappelant plus ceux de l’enfance que du crime, plutôt qu’une exploration de la part maudite de l’être humain que recèle la pièce…

La tragédie de Shakespeare interroge l’ambition démesurée, la culpabilité et le glissement vers la folie de Macbeth, et cette incursion dans le terrible est comme anesthésiée par le rire… On regrette alors le choix unilatéral du grotesque contre son union si jouissive avec le sublime, difficile à tenir sur les deux heures du spectacle ; mais au-delà de ce petit chagrin, le spectacle déploie de nombreuses qualités, au premier rang desquelles une grande générosité dans le jeu des comédiennes et un improbable numéro de beat box à la flûte traversière.

Ysé Sorel

Ysé Sorel

Je suis le tranchant du verbe qui cisaille les mœurs.

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