9 septembre 2019

À nos actes manqués

Please, Please, Please
La Ribot | Mathilde Monnier | Tiago Rodrigues
DR
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Objet non identifiable pour casting de rêve, l’association de ces trois-là avait de quoi titiller nos imaginaires, comme si subitement l’alliance du fond (sensible et profond) et de la forme (nerveuse et esthétique) allait prendre chair devant nos yeux. Ainsi, comme le titre du spectacle nous y invitait, nous scandions la triple supplication, pour contenir l’impatience, prêts à accueillir notre pitance contemporaine.

Le rythme ternaire structure l’aventure ; c’est à trois qu’ils composent ce nouvel opus lui-même divisé en trois parties distinctes. Tout commence par la tentative avortée de dire le monde, bouillie verbale d’un tout morcelé de petits riens. La course statique dans laquelle se lancent, gracieuses et engagées, Mathilde Monnier et La Ribot comme une allégorie ton sur ton de cette danse du monde aux marges du vide. Puis vient le temps du repli sur soi, les mots en sourdine offrent alors aux deux corps une traversée entomologiste du plateau (le cafard se trouvera réhabilité), précise, tortueuse, noueuse, tant les membres semblent régis par une autre forme de pensée. La dernière partie tente de s’emparer de la problématique éculée de la transmission ; sujet là aussi rabâché artistiquement avec plus ou moins de grâce, qui tient ici sur une idée, celle de l’incompréhension primordiale d’une mère et de sa fille à peine née. Lové contre l’étron central – scénographie scatologique imposante qui finira par se découvrir comme l’ultime métaphore de la déliquescence générale –, le bébé répond aux convictions de la mère inquiète dans une langue étrangère, et si elles semblent malgré tout se comprendre, le fossé générationnel réduit à néant toute possibilité d’échange véritable. Rien de bien fulgurant dans la pensée, ni de vraiment poétique, les gestes et les mots ne parviennent pas à se chahuter, ni à créer du sens. Difficile alors de trouver dans cette proposition un intérêt, sauf à se laisser prendre par l’écoute des extraits de Béla Bartók qui rythment justement cette fable rétro futuriste.

Marie Sorbier

Marie Sorbier

Fondatrice et rédactrice en chef de I/O.
Critique et journaliste sur France Culture.

I/O n°117

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