Vive la névrose douce. Vive la routine inquiète, lorsqu’elle inspire le perpétuel questionnement et l’humour caustique de Paola, auteur et héroïne de « qp », génial roman graphique de la vie quotidienne d’un couple inséparable, Paola et Quique, que l’on suit à travers leur complicité, leurs voyages, leurs inerties respectives. Paola est un bloc d’incertitude qui pourrait ne faire que ça, aimer Quique et dessiner, se promener avec lui dans les multiples villes qu’ils parcourent, de Sydney à San Salvador, sensible aux infimes détails qui font qu’une ville et une vie ne ressemblent pas à une autre. Powerpaola glane ces multiples microscopiques détails, qu’elle restitue dans un dessin à la minutie grouillante, dans un trait noir à la fois extrêmement précis et fourmillant, à la manière d’un quotidien qui foisonne d’autant plus qu’on le regarde intensément. L’irrégularité de son tracé, les variations de proportions physiques, traduisent à merveille l’incertitude tremblante de l’héroïne. Sous sa douche, devant son ordinateur, Paola s’inquiète d’un quotidien qu’elle pourrait ne passer qu’à faire des sandwichs (parce que ça lui va) ; elle aimerait voir surgir plus souvent l’inattendu ; elle et Quique se consolent de leurs errances et de leurs peines en achetant du vin et de la glace au chocolat ; ils sont fauchés, ils dansent, elle rêve de lui en improbable monstre, elle s’inquiète de chanter totalement faux, il la rassure, ils s’aiment, ils rient avec un fond de gravité. Ce qui est bouleversant, c’est cette honnêteté absolue de Powerpaola devant elle-même, et cette tendance à persévérer dans sa faille mélancolique, alors même que son amour avec Quique est sublime – leur couple est fort et insulaire, tranquille et auto-suffisant – et que ses dessins sont de drolatiques captures du quotidien, de méticuleusement justes observations de leurs contemporains. A la fois naïf et réaliste, son trait condense graphiquement son double regard : sarcastique mais pas cynique, rêveur mais pas idéaliste. Paola est une sœur de doute qu’on adore.
8 septembre 2019
Aimer, dessiner et douter
I/O n°118
Derniers articles de Mariane de Douhet
Protocole amphibie
Le risque est grand d’esthétiser la mort, d’ensevelir sa crudité sous la beauté plastique. Sans doute est-ce refus d’édulcorer non pas tant la mort que ce qui la précède, la « fin de vie » – expression consacrée, substantivée, juridicisée, qui, comme telle, n’est pas sans déréaliser l’horreur de l’agonie, qui
11 juillet 2026
Flânerie en flanterie
DR Quelle autre pâtisserie que le flan possède un tel capital sympathie ? Honnête et sans prétention, calant l’estomac, auréolé d’un soupçon de plaisir régressif, sans compter son charme rétro-vintage qui lui assure sa hype absolue, le flan est au dessert sucré ce que le wombat est à l’animal :
11 juillet 2026
Vénérer Saint Latex
Avertissement méthodologique : on n’a pas envie de dire du mal d’un spectacle prônant la tolérance, faisant connaître la mission progressiste des Sœurs de la Perpétuelle Indulgence, ce foyer queer de militants LGBT+ portant l’habit de nonne, né à San Francisco dans les années 1980, luttant avec l’extravagance du drag
25 mai 2026
Il est venu le temps de partir
Frollo extirpe une crotte de nez d’une chimère de Notre-Dame et la fourre dans sa bouche, beugle un c’est plein de protéines ponctué d’un gros rire gras. Tout est à l’avenant. Le sonneur de cloches et la bohémienne sont martyrisés dans cette mise en scène très patricksebastiengaze qui semble prendre
5 mai 2026
Pate patouille
« Mais !!!! Ce sont des enfants sur scène !!!! » Explosif étonnement sonore de mon assistante critique et d’un de ses copains, qui n’en reviennent pas de l’irruption de leurs semblables sur le grand plateau nu du Centquatre. Ce qui frappe, à bien y regarder, ce n’est pas tant que dix
1 mai 2026





