7 juin 2019

Danser pour vivre

Khouyoul
Joke Laureyns | Kwint Manshoven
(c) Safa Ben Brahim

« Khouyoul » découle de la rencontre entre les chorégraphes belges Joke Laureyns et Kwint Manshoven, et l’association tunisienne l’Art Rue. Les deux chorégraphes reprennent la base d’un de leurs spectacles précédents, « Horses », et le recréent sous une nouvelle forme, à Tunis, avec des artistes et des enfants tunisiens, à la demande de l’association et au sein du programme « Déconstruire la violence par l’art », qui œuvre contre les violences faites aux enfants.

Sur le plateau, six enfants, filles et garçons, et trois adultes, auxquels s’ajoutent trois musiciens en bord de scène. L’intégralité du spectacle, et c’est ce qui fait sa force, repose sur le rapport construit entre ces enfants et ces adultes et le lien de confiance indéfectible qui les unit. Que l’enfant reproduise les gestes de l’adulte en miroir ou que l’adulte prenne l’enfant sur son dos, « Khouyoul » n’existe que par et pour l’humanité qui le sous-tend. Vouloir devenir un grand, avoir envie de redevenir petit, lot commun des êtres humains sans doute, mais l’un ne fonctionne pas sans l’autre. Ce sont ces rapports circulaires qu’explore le spectacle. « Khouyoul » apprend, littéralement, à marcher. À tenir debout, tout en s’appuyant sur les autres quand le besoin s’en fait sentir. Ainsi, parfois, les enfants s’abandonnent, mains sur les yeux, à leur binôme adulte, tels des bébés endormis.

Spectacle positif s’il en est, « Khouyoul » est une fête. De celles où l’on tourbillonne, on rit, on joue, où l’on se lance même dans un début de bataille de chatouilles. La complicité évidente qui lie les interprètes adultes aux interprètes enfants semble dépasser les limites strictes de la durée de représentation. C’est lors d’un vrai moment de pause, sur scène, où chacun prend le temps de s’asseoir et de faire passer de l’eau, que « Khouyoul » se colore d’un amour sincère de son prochain. Le regard bienveillant que posent les grands sur les petits contamine alors le public, qui, à son tour, se sent chargé d’une mission, celle de prendre soin les uns des autres collectivement.

Audrey Santacroce

Audrey Santacroce

Rédactrice culturelle.

I/O n°117

IO n°117

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