13 juillet 2019

« Et au moment même où il le sut, il cessa de le savoir »

« Qu’était-ce ? On aurait dit un phare. Mais non, c’était dans son cerveau, cette éblouissante lumière blanche. Elle brillait de plus en plus resplendissante. Il y eut un long grondement, et il lui sembla glisser sur une interminable pente. Et, tout au fond, il sombra dans la nuit. Ça, il le sut encore : il avait sombré dans la nuit. Et au moment même où il le sut, il cessa de le savoir. »

Ainsi se termine le roman de Jack London « Martin Eden », qui pourrait fournir un appui allégorique à notre quête accidentée à la recherche du Festival d’Avignon 2019. Jadis, nous aussi, nous avons décidé de nous instruire, d’apprendre à écrire pour séduire et conquérir un monde, et pourtant ce zénith convoité s’est révélé parfois déceptif. Pour nous aussi, le fruit de la connaissance est devenu enzyme et nous a forcés à digérer la prise de conscience de l’eldorado dégradé ou du moins fantasmé par les adolescents que nous voulons rester. Cendres ou poussières qu’importe, les ruines ont toujours su développer les encens de leurs pouvoirs d’évocation romantiques, apaisants voire salvateurs aux cœurs et âmes abîmés qui en ont cruellement besoin.

Marie Sorbier

Marie Sorbier

Fondatrice et rédactrice en chef de I/O.
Critique et journaliste sur France Culture.

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