14 janvier 2019

Inconnu à cette adresse

Lettres non écrites
David Geselson
(c) Victor Tonnelli

Initié en 2016 lors d’Occupation Bastille avec Tiago Rodrigues, le projet de David Geselson et de la compagnie Lieux-Dits revient une nouvelle fois au théâtre de la Bastille. Sur scène, une imprimante, une table, et David Geselson lui-même entouré de Laure Mathis (avec qui il jouera dans la foulée le beau « Doreen ») et d’Elios Noël, qui vont, une heure durant, lire ces fameuses lettres non écrites. Ces lettres, elles ont été confiées oralement à David Geselson par des volontaires, le matin même, ou peut-être avant ça. L’artiste, dans un geste éminemment romanesque et romantique, se charge alors du fardeau que représentent ces lettres non écrites, et va prêter ses mots au souvenir de la personne qui lui fait face.

« Lettres non écrites », c’est la main tendue du metteur en scène/acteur vers le public de théâtre. Lettre après lettre, un pont se construit entre lui, artiste, et nous, spectateur·ice·s. C’est un travail intime (et un travail de l’intime) qui redit sans cesse l’importance du public pour ceux qui montent sur un plateau de théâtre. Par ce geste anti-tape-à-l’œil, les artistes présents sur la scène font un pied de nez magistral à ceux qui créent de façon égoïste, sans penser à ceux qui regardent. Le public est roi, et c’est David Geselson qui le couronne.

Sous des airs d’une modestie qui confine à l’abnégation, le patchwork qui se tisse sous nos yeux à la lecture d’une quinzaine de lettres dessine une humanité qui bouleverse de façon presque inattendue. Ici un homme qui quitte sa femme, là une femme qui s’adresse à un homme aimé et mort depuis longtemps. C’est peut-être notre voisin de fauteuil qui a raconté cette lettre, peut-être pas, au fond qu’importe. L’important, en revanche, c’est ce qui ressort de ce projet, et ce que l’on ressent en sortant de la salle : de la tendresse pour son prochain.

« Lettres non écrites » est ce que David Geselson appelle « un travail de mise en scène gratuit ». Gratuit mais pas inutile, donc, bien au contraire. Car ce geste maïeutique apaise en offrant un espace d’accueil et d’écoute au sein même d’un lieu qui reste trop souvent inaccessible à beaucoup.

Audrey Santacroce

Audrey Santacroce

Rédactrice culturelle.

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