14 janvier 2019

I’ve got my fucking periods

A nos amours
Sophia Aram | Benoit Cambillard
DR

Si le T-shirt jaune porté sur l’affiche laissait craindre une prolongation des récentes chroniques, un peu légères, proférées sur France Inter à propos d’un certain mouvement social, le nouveau spectacle de Sophia Aram préfère un humour féministe plus éculé. Il faut dire que le premier sketch, consacré à l’eau de rose fétide des contes de fées, est moins mordant que le Petit Poucet de Foresti (Mother Fucker) et la parodie musicale disneylandesque qui l’achève n’est pas aussi aboutie que la Blanche Neige de Nadia Roz. L’humoriste fait heureusement oublier ses consœurs lorsqu’elle aborde les menstruations, citant autant les philosophes antiques que les métaphores populaires. Elle inaugure alors une série de sketchs très réussis sur le sexisme linguistique où la pertinence de l’écriture (due également à son complice Benoit Cambillard) s’allie à un art du travestissement très convaincant (de l’enseignante prout prout et décomplexée à la chercheuse moustachue de l’EHESS).

L’utopie dans laquelle les hommes auraient leurs règles et où les femmes méconnaîtraient (elles-aussi) le point sensible de leur partenaire masculin constitue l’une des trouvailles fortes du spectacles. Le pouvoir destructeur des mots, qui précède à bien des égards selon Sophia Aram celui des actes, donne à sa dramaturgie une vraie signification, au-delà de l’apparent collectage thématique imposé par le genre. La chanson finale, hymne jovial aux « fucking periods » qui auraient déclenché depuis l’Antiquité tempêtes et assauts, sonne comme un acte de libération linguistique simple et efficace.  Nul doute qu’en bonifiant le sketch initial, Sophia Aram signera un one woman féministe qui comptera dans l’humour populaire, toujours plein d’amour mais loin des ronronnantes oiseleuses regrettées par Patrick Juvet.

Pierre Lesquelen

Pierre Lesquelen

Maître de conférences en études théâtrales à l'université Rennes 2, dramaturge et enseignant de dramaturgie, chroniqueur au Masque & la Plume sur France Inter, rédacteur en chef de Détectives Sauvages, média dédié à la jeune création.

I/O n°117

IO n°117

PODCAST

Prochaine émission : 06/07/2026

Offre de stage

ANNONCE

À LIRE

Théâtre public

FACEBOOK

Derniers articles de Pierre Lesquelen

L’enfant rêvé

Souvent mise en scène ou filmée, l’éducation relationnelle que fait subir la mère au fils donne parfois lieu à des représentations embarrassantes – celles où l’homophobie devient, par exemple, un moteur comique très complaisant. Dans son écriture, Arthur Dreyfus évite plutôt bien ses écueils. D’abord parce que son moi autofictif
20 avril 2026

L’image brûlée

Après le choc esthétique de Mami au dernier Festival d’Avignon, la programmation aux ateliers Berthier de Goodbye Lindita, création antérieure de Mario Banushi, dévoile l’évolution picturale de l’artiste. Sans du tout contredire son grand talent, sondons un peu l’artisanat évolutif de Banushi pour s’extraire du vieux vocabulaire critique qui pouponne
9 avril 2026

Lame de fond

Les spectacles didactiques et édifiants sur le vécu complexe des violences ont souvent mauvaise presse. Pas celui-ci. Il est vrai que les courtes scènes d’Entre parenthèses sont très démonstratives : leurs enjeux sont souvent bien saillants, leurs ultimes répliques synthétisantes et plotwistantes. La narration avance, selon une expression critique bien
8 avril 2026

Du populaire et du patrimonial

Voir à quelques jours d’intervalle Marie Stuart de Schiller, mis en scène par Chloé Dabert, puis Le Cid de Corneille monté par Denis Podalydès à la Comédie Française : de quoi mesurer deux attitudes artistiques, proches et contraires à la fois, face aux pièces historiques. Certes, les deux œuvres ne
2 avril 2026

Vanishing act

Les plus beaux gestes de théâtre documentaire sont ceux où le document rend la représensation réelle, et où le théâtre densifie le réel du document. Piano man est à cet endroit magnifique.  Dans ce spectacle dédié à un mystérieux, à un homme qui fit la une des journaux en 2005
19 mars 2026