13 juillet 2019

L’Attrape Dieux

L'Attrape Dieux
Laurent Robert | Thibault Pasquier
DR

S’amusant avec brio du métathéâtre (indice : le spectacle s’ouvre et se termine de la même manière), Laurent Robert et Thibault Pasquier inventent une fable maligne et bordélique autour d’on ne sait trop quoi, dans laquelle quelques réflexions sur les croyances et l’engagement « poélitique » s’entremêlent au cœur d’une dialectique trèsstand-up, version existentielle. Usant d’un prétexte bizarrement dénué d’intérêt – une lumière qui ne veut pas s’éteindre –, les deux acteurs-metteurs en scène explorent hardiment ce qu’elle recouvre possiblement d’équivoque, d’urgent voire de subversif. C’est à force de l’instrumentaliser qu’ils en découvrent l’effarante phénoménologie, remontant par-delà son sens spatio-temporel pour la transcender en espace purement ludique. Le tour de force est certes inégal ; n’est-ce pas fondamental pour qui veut s’aventurer dangereusement par-delà la manie des thèmes bien policés ?

Victor Inisan

Victor Inisan

Docteur en études théâtrales, spécialiste de lumière de spectacle, critique à Libération et aux Midis de France Culture.

I/O n°117

IO n°117

PODCAST

Prochaine émission : 06/07/2026 en direct du Festival d'Avignon

ANNONCE

ANNONCE

À LIRE

Théâtre public

FACEBOOK

Derniers articles de Victor Inisan

Danse de la (non) pluie

S’associant à Mariette Navarro pour leur troisième création jeune public, les frères Ben Aïm remuent les eaux intérieures d’un duo mêlant danse et poésie, dont la rencontre, peu théâtrale, opère au bout d’une lente itération écologique.  Une cuisine bien abstraite : deux tables vides et un robinet à sec depuis
19 février 2026

Ensoleillé d’existence

Nouveau directeur du CCNN de Nantes, le chorégraphe et danseur Salia Sanou reprend  son concept Multiple-s — des rencontres face-à-face avec un artiste (danseur, musicien ou bien auteur) — dans le cadre du festival Trajectoires, avec un diptyque d’une grande élégance chorégraphique.   On l’aura vu en duo avec Germaine
27 janvier 2026

Le moi n’est pas maître

Sans aucun doute, le précepte psychanalytique « le moi n’est pas maître dans sa propre maison » convient bien à NEGARE et (di)SPERARE, les deux premiers volets d’un obscur triptyque composé par le chorégraphe luxembourgeois Giovanni Zazzera : bien qu’elle pâtisse d’un visuel un peu grossier, la danse sidère par son inquiétante
24 janvier 2026

No hay banda

Deuxième volet du cycle L’Amour et l’Occident, Le Mauvais Sort de l’autrice et metteuse en scène Céline Champinot imagine un cabaret post-apo où quatre figures archétypales revivent la déréliction amoureuse et politique du monde moderne. Sous une faible lumière blafarde, une silhouette écarlate pénètre un cabaret en ruines : chaises
8 janvier 2026

Humain trop humain

Chez Sharon Eyal, les genres chorégraphiques s’entremêlent souvent — contemporain, gaga, même des danses de salon — pour fusionner autour d’une même esthétique, certes genrée et relativement classique, mais qui puise autant dans le ballet que dans le compagnonnage de la chorégraphe avec la Batsheva. Même programme pour le dernier-né
2 décembre 2025