4 novembre 2019

Magritte et Dali en dieu Janus

Magritte x Dali

Faire dialoguer deux des plus grands maîtres du surréalisme réunis pour quelques mois dans l’exposition « Dali x Magritte », voilà le pari initié par les Musées royaux des Beaux-Arts de Belgique, permettant de renouveler le regard sur leurs œuvres respectives.

S’intéressant aussi bien à leurs influences mutuelles qu’à leurs différences marquées, qu’elles soient esthétiques ou idéologiques – notamment dans leurs interprétations de la doctrine surréaliste, avec laquelle chacun se distancie à sa façon –, l’exposition nous invite dans la fabrique des œuvres des deux peintres, qui semblent chacun se tenir sur la face d’une médaille, à la manière de Janus, ce dieu romain à deux têtes. Partant en effet du même point thématique lié au surréalisme (rêve, hallucination, langage des images…), Magritte et Dali apparaissent le plus généralement s’aventurer dans des directions opposées ; là où le Belge s’exerce à la retenue et au détournement quasi philosophique des signes par la rêverie (« Ceci n’est pas une pipe »), l’Espagnol oppose la surenchère de symboles, la pléthore d’images, la folie baroque. Là où Dali bénéficie d’un succès rapide et éclatant, Magritte doit attendre la cinquantaine pour jouir d’une reconnaissance plus large. On apprend que même dans leurs caractères et leurs modes de vie tout les oppose, sans compter leurs histoires conjugales (la folle passion avec Gala, la femme d’une vie qu’est Georgette Magritte) ou leurs orientations politiques (Dali et son soutien au franquisme, Magritte et ses sympathies communistes)… Et pourtant, quand on se penche plus précisément sur leurs œuvres apparaissent échos, rivalités et inspirations claires : Dali « volera » à Magritte l’idée des objets en feu, qui deviendront sous son pinceau des girafes ; Magritte, après avoir vu le « Couple aux têtes pleines de nuages » (1936), fera lui aussi des « tableaux-objets », selon sa propre formule. Les deux peintres s’essaieront, chacun à sa manière, aux corps-paysages comme traduction des états d’âme. Edward James, collectionneur britannique des deux artistes, apparaît comme leur principal point de jonction, où chacun peut admirer secrètement les œuvres de l’autre. Car hormis une rencontre à Cadaqués, chez Dali, en 1929, les contacts entre les deux peintres se font rares. Raison de plus d’apprécier leur réunion temporaire à Bruxelles, qui permettra aux amateurs de choisir leur camp ou de savourer les deux œuvres pour leurs singularités. Une exposition à ne pas manquer !

Musées royaux des Beaux-Arts de Bruxelles, Belgique, du 11 octobre 2019 au 9 février 2020.

I/O n°118

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