10 février 2019

Nature en clair-obscur

Le Laboratoire de la nature
Amélia Bergner | Anaïs Boudot | Anna Katharina Scheidegger | Edouard Benguerel | Hicham Berrada | Hideyuki Ishibashi | Lisa Oppenheim | Mark Dion | Mat Collishaw | Moritz Loewy & Pierre-Henri Puiseux | Patrick Van Caeckenbergh | Pascale Pronnier

« Le Laboratoire de la nature », exposition conçue par Pascale Pronnier au Fresnoy – Studio national des arts contemporains, nous ouvre les portes de l’univers de William Henry Fox Talbot, photographe et homme de science dont l’influence sur la scène artistique contemporaine peut, à première vue, surprendre. Une exposition en forme d’hommage, donc, qui interroge les représentations de la nature depuis le XIXe dont les racines se prolongent jusqu’à nos jours.

Fidèle à l’agencement même du laboratoire, cette exposition juxtapose ainsi diverses formes et installations selon un dispositif quasi expérimental, dont la lumière noire qui baigne l’espace fait perdre la notion du temps à celui qui vient déambuler devant une bibliothèque pour oiseaux en forme de cage (« Library for the Birds », Mark Dion) et se retrouve plus loin immergé au sein d’une installation en réalité virtuelle reconstituant la première exposition de Talbot (« Thresholds », Mat Collishaw). Sommes-nous dans un musée d’histoire naturelle au XIXe siècle ? Dans une galerie d’art contemporain ? Dans une chambre noire ? Nous arpentons ce laboratoire, condensé d’histoire autant qu’expérience sensible, à l’heure où notre écosystème menacé ne peut que questionner le monde de l’art et les artistes sur la place qu’ils lui accordent, sur leur manière d’en donner la trace.

De ce point de vue, l’écho trouvé aujourd’hui par l’œuvre de Talbot chez les artistes contemporains rassemblés là prend tout son sens. Façon, peut-être, de rappeler que l’homme n’a cessé de chercher à fixer l’image de la nature tout en contribuant à sa destruction progressive ; que l’invention de la photographie, fille du XIXe siècle, est intimement liée à la révolution industrielle et à la catastrophe écologique en cours. Les œuvres exposées apparaissent ainsi comme autant de réponses esquissées face à la passion de représenter et domestiquer – classifier, comprendre, maîtriser – la nature, qui a toujours été celle de l’espèce humaine. Un voyage tout en mélancolie, à la manière d’une vision hors du temps actuel (comme dans la magnifique série photographique « La noche oscura », d’Anaïs Boudot) qui nous rappelle paradoxalement les inépuisables manières de transformer le réel.

Du 2 février au 21 avril 2019 au Fresnoy – Studio national des arts contemporains.

 

I/O n°117

IO n°117

PODCAST

ANNONCE

À LIRE

CND
Théâtre public

FACEBOOK

Derniers articles de Noémie Regnaut

Vers « Des châteaux qui brûlent »

En ces temps d’un Covid qui s’éternise, les artistes ne cessent de trouver des moyens pour maintenir le contact avec les spectateurs, sans qui l’idée même d’art vivant s’étiole. La metteure en scène Anne-Laure Liégeois a donc organisé un temps d’ouverture public au TCI, à la suite d’une résidence avec
12 décembre 2020

« Fuir ! là-bas fuir »

En réponse à l’épidémie actuelle de Covid-19, pandémie des temps modernes, et à l’invitation du festival « Plaine d’artistes » initié par La Villette, Anne-Laure Liégeois a conçu un projet né au cœur du confinement, interrogeant cette situation d’enfermement par son corollaire immédiat, la fuite. En habituée de la collaboration avec des
7 août 2020

La caméra flâneuse de Philippe Pujol

Nous sommes au cœur du quartier de la Belle-de Mai à Marseille, et comme le dit l’un des personnage du documentaire « Péril sur la ville », « l’un des quartiers les plus pauvres de France et d’Europe », punchline qui ne ferait pas rougir un journaliste d’Envoyé Spécial. Pourtant,
28 juin 2020

L’art du saut

Relisant des ouvrages majeurs de Kafka comme « La Colonie pénitentiaire », les « Journaux », « L’Amérique», la philosophe Marie-José Mondzain livre dans « K comme Kolonie – Kafka et la décolonisation de l’imaginaire », aux éditions La Fabrique, un essai politique sous forme de balade, convoquant tout à
16 mai 2020

Anne Monfort : le théâtre « entre » (les gens, la politique, la littérature, la vie)

Anne Monfort est metteuse en scène et directrice de la compagnie day-for-night, fondée en 2000. Depuis plusieurs années, elle se consacre notamment à la mise en scène d’auteurs contemporains, qu’il s’agisse de romanciers (Mathieu Riboulet, Lydie Salvayre…), de dramaturges ( Magali Mougel, Thibaut Fayner…) ou d’historiens. Le confinement, et l’arrêt
30 avril 2020