27 mai 2019

Pascale Devrillon : « Genderf*cker »

© Maxime Robert-Lachaine

Où commencer le voyage quand on ne connaît pas notre destination ? Dans ces cas les plus anxiogènes où je crée à partir du vide, à partir d’une idée lointaine, quand tout est à inventer… Par où commencer ?

Étrangement, partout à la fois. Faire un peu de tout en même temps, et laisser le chaos créatif se manifester et prendre toute la place. Annuler des rendez-vous, refuser des opportunités. Laisser la création prendre le dessus, comme la nature sur des ruines abandonnées. Me laisser guider par mon instinct de sorcière… Difficile de ne pas plonger dans l’ésotérisme quand on parle d’art. Pourtant, une action après l’autre, en se laissant entièrement porter par le vent, on réalise en regardant derrière qu’on est déjà en train de tracer un chemin. La chose a son propre souffle, le projet nous dicte ses intentions.

La peur et l’angoisse m’envahissent si facilement, rapidement, et de façon souvent foudroyante. Les traumatismes du passé, mes doutes et ceux des autres, la voix des oppresseurs : le désespoir comme une mauvaise habitude. Parfois le désir de créer est étouffé par la souffrance. Il n’y a que le temps qui peut prouver notre détermination. Malgré la volonté qui fléchit, la création me prie chaque fois de relever le défi. Pour une centième fois, j’accepte d’avancer parmi les ronces, de faire face à toutes les peurs et de laisser la création me guider, de façon organique. Ce qu’elle fait. J’avance donc, même dans la noirceur, et l’œuvre commence à prendre forme. Une forme qui se dessine et qui commence à se préciser.

Alors arrive le déchirement, quand l’œuvre sort enfin de sa créatrice et me contemple, quand elle me force à développer un esprit critique pour poursuivre le travail et continuer de faire grandir la chose qu’elle deviendra. Le dernier modelage… ou peut-être pas, si la forme refuse de se figer et exige de vivre en constante évolution. C’est le cas parfois, avec l’art vivant. Il s’enflamme de différentes façons, dépendant des regards, des vents qui l’alimentent et des terres fertiles qu’il peut dévorer.

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