16 octobre 2019

Signal : évolution de velours numérique

DR

Festival de lumières et de culture numérique – que l’on ne saurait réduire à la vision étroite des spectacles « son et lumière » qui peuplent notre imaginaire du kitsch -, Signal a fêté cette année sa 7e édition.  Une vingtaine d’installations contemporaines, internationales et technophiles ont illuminé les douces soirées automnales de Prague.

Il n’est pas dit qu’une déambulation dans la capitale tchèque devrait se résumer à observer les pierres émoussées du Pont Charles. Les quelque 600 000 visiteurs de Signal, devenu en quelques années, sous l’impulsion de son directeur Martin Pošta, l’un des plus grands festivals du pays, auront su apprécier comme il se doit l’opération de mise en valeur du patrimoine local. Cette année, les installations, accessibles de 19 h à minuit, sont regroupées en trois itinéraires, dans trois quartiers de la ville : Karlin – hors de la zone touristique -, la vieille ville et, sur l’autre rive, Malá Strana. Chaque parcours, étalé entre 5 et 7 lieux chacun, requiert 1 à 2 heures pour être exploré entièrement, mais le plaisir d’un festival comme Signal est d’abord la libre flânerie dans les rues de la capitale : sur le principe d’une Nuit blanche, c’est à la découverte de lieux méconnus – parfois fermés au public et ouverts temporairement – qu’il convoque. Ainsi « Ghost in the machine », l’installation cinétique monumentale de Klára Horáčková, réfléchit la lumière dans le hall du ministère des transports ; « a.r.r.c. » du studio russe Dreamlaser et son couloir de lasers rouges s’installe dans le bâtiment de Kooperativa, une compagnie d’assurances. Notre coup de cœur in situ : « Signal Soundscape: Inner Land Study I », projet collectif – une projection hypnotique d’une trentaine de minutes – mené dans l’église Saint-Sauveur, rattachée à l’ancien collège et bibliothèque du Clementinum.

Signal coïncide cette année avec la célébration des trente ans de la Révolution de Velours, et un certain nombre des œuvres présentées reflètent les cogitations sur le passé communiste qui triturent, encore plus fortement aujourd’hui, la psyché tchèque, comme celle des pays est-européens. C’est aussi une force, pour un festival comme Signal, de pouvoir interroger les liens évolution et révolution, entre humain et machines, dans un lieu aussi organiquement chargé d’histoire que la ville millénaire de Prague. La ville du Golem est un creuset d’alchimiste où se coagulent des énergies contradictoires, pour le plus grand bien de la dialectique qu’expose avec pertinence le projet « Big Light » : quelle place pour l’humain (remarquons au passage que dans « humain », il y a « main ») dans un futur technologisé ? A cette question, Signal propose une réalité augmentée au service non pas du transhumanisme, mais d’une transe humaniste. Mélangeant espaces extérieurs et intérieurs, projections spectaculaires (mapping 3D par Nohlab sur la façade de la cathédrale Saints-Cyrille-et-Méthode, projections laser de Jakub Pešek au-dessus de la rivière Vltava) et installations intimistes (le « Mur de Jacob » de l’Américain Parker Heyl), Signal a trouvé sa place et son rythme. Il fait partie de ces festivals pragois qui, pour un moment, font exulter la chair de la ville, en contrepoint glorieux à la gangrène touristique. Mehr Licht !

(c) Jiří Šeda / Big Light – I’m Leaving the Body
Mathias Daval

Mathias Daval

Journaliste depuis 2001, lauréat de la bourse du CNT en 2014, cofondateur de I/O et éditeur pour le Theatre Times, membre de la Fédération des critiques de la presse française. Il est également game designer et chargé de cours en master de journalisme culturel à l'université de Paris 3 Sorbonne-Nouvelle depuis 2020.

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