14 février 2020

Mi-figue, mi-Duras

Agatha
Marguerite Duras | Louise Vignaud
(c) Rémi Blasquez

Après la mort de la mère, un homme et une femme, une sœur et son frère, se retrouvent dans la maison familiale. C’est elle qui lui a demandé de venir, elle qui va lui annoncer sa décision : elle part, avec un homme, elle quitte son frère. Après avoir publié le sulfureux « L’Homme assis dans le couloir », qui explorait le voyeurisme en 1980, Marguerite Duras s’est attaquée aux relations incestueuses l’année d’après avec « Agatha ». Agatha, c’est le nom de la villa presque à l’abandon depuis que la mère n’est plus, où subsistent quelques vêtements pas encore emballés, quelques meubles, un bouquet de fleurs séchées. C’est là que tout a commencé et c’est là que tout va finir à la demande de la femme. Boucle bouclée. Elle est là, seule en scène, elle attend, fébrile, son arrivée à lui, elle a toujours son manteau sur le dos, comme si elle pouvait partir à tout instant. Ces quelques minutes, sans paroles, où la femme semble dire adieu à cette maison tout autant qu’elle se prépare à la confrontation qui va suivre, sont les plus belles du spectacle. Que de promesses dans ces quelques minutes. Puis l’homme entre en scène, et le pas de deux commence. Et les choses se gâtent. Très vite. La langue, la poésie de Marguerite Duras, si pleine de nuances, où tout se joue dans les non-dits, se retrouve criée pendant la quasi-totalité du spectacle à la gueule du public qui n’en demandait pas tant. Et cette absence totale de nuances et de subtilité empêche de facto la moindre implication des spectateurs et spectatrices. C’est froid, c’est clinique, c’est robotique, c’est un peu tout ce que les détracteurs de Duras lui reprochent, au fond. C’est d’un académisme paresseux, diction d’école nationale de théâtre comprise, et c’est rageant puisque ce qu’on devinait dans les scènes muettes était si beau. L’écart, donc, entre ce que l’on voit et ce que l’on entend est si vertigineux qu’on a l’impression d’assister à deux représentations parallèles où l’une serait la parodie de l’autre, comme s’il fallait mettre une distance respectable entre la pièce et son sujet. Comme si on ne montait Duras qu’à moitié.

Audrey Santacroce

Audrey Santacroce

Rédactrice culturelle.

I/O n°117

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