16 septembre 2020

Il avait rêvé d’épines

Autobiographie du rouge
Anne Carson | Vanasay Khamphommala
DR

Ce pourrait être la reconstitution anachronique d’une épopée perdue : celle que le poète grec Stésichore voua au géant Géryon. Cela ressemblerait à une romance queer, mais aussi à un roman d’apprentissage gargantuesque où Héraclès en Converse rêverait de hamburgers et de montagnes Rocheuses. Mais il s’agirait, au bout du compte, d’une boîte de photographies argentiques, fixes et fuyantes sur une page volcanique, toujours baignée de lumière rouge. Une boîte d’images, ou plutôt de substances (avec quelques bouts de viande à l’intérieur…), que le géant nous inviterait à secouer. Voilà à quoi ressemblera l’autobiographie que Géryon est en train d’écrire et qui paraît enfin en français, chez l’Arche, dans sa version rhapsodique. Un matériau fascinant et déconcertant dont la magnifique traduction est signée par Vanasay Khamphommala (grand spécialiste des versifications radicales). Après Monique Wittig et son détournement fantaisiste et politique des contes virilocentriques (on pense parfois aux « Guérillères » en lisant cette « Autobiographie du rouge »), Anne Carson contre-chante elle aussi, et comble alors notre soif de mythes purement contemporains, nourris espièglement par les décombres de l’Antiquité.

Pierre Lesquelen

Pierre Lesquelen

Maître de conférences en études théâtrales à l'université Rennes 2, dramaturge et enseignant de dramaturgie, chroniqueur au Masque & la Plume sur France Inter, rédacteur en chef de Détectives Sauvages, média dédié à la jeune création.

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