18 janvier 2020

Autour du pot

Le Dragon d'or
Roland Schimmelpfennig | Robert Sandoz
DR

Dans la procession qui se forme après le tomber de rideau, l’écho de la mise en scène du texte « Le Dragon d’or » de Roland Schimmelpfennig par Robert Sandoz opère encore : l’univers sonore remarquablement rythmé par Olivier Gabus nous porte à la rêverie. La pièce s’est ouverte par un décor fonctionnel qu’aurait pu proposer une maison de meubles scandinave. Ambiance workshop pour jeux d’acteurs, plutôt que « wokshop » comme prétexte annoncé pour traiter des outrages faits aux invisibles et aux plus vulnérables. Une dent arrachée, jetée dans le monde : coup de théâtre sur fond de complications sociales. Tout semblait pourtant réuni pour nous bousculer : Sandoz, qui clôt sa trilogie sur la société industrielle, et Schimmelpfennig, grand nom du théâtre allemand actuel. La chose est racontée plusieurs fois au gré de brèves variantes punchy. On est admiratif de la performance des acteurs, sans pour autant être convaincu qu’il y ait eu là ce qu’on appelle à l’ordinaire un « événement ». Et si on reconnaît bien le rythme saisissant du livret – la mise en scène reste nerveuse –, des répliques finissent par lasser (« Manger épicé, c’est difficile… »). Un fait est raconté selon diverses perspectives, dans les ultimes moments décisifs : Schimmelpfennig nous y a habitués. Au centre : le jeune Chinois à la dent gâtée. Avec son arrachage sadique, le cours des choses vole en éclats et se diffracte en des scènes qui déclinent à l’envi violence, injustice, exploitation ordinaires. Autour du travailleur immigré et de ses compagnons d’infortune dans une cuisine asiatique, chaque acteur incarne avec brio plusieurs figures : un vieux désabusé, un commerçant maquereau, des couples abîmés, deux hôtesses de l’air. On jongle avec les clichés. Mais dix ans après sa parution, cette manière même virtuose de traiter des poncifs ordinaires pose problème. Sans aller à l’essentiel, on tourne inlassablement autour du pot. Et on laisse à d’autres la tâche d’aller là où ça fait mal : au cœur des processus d’aliénation.

I/O n°118

ANNONCE

PODCAST

Dernière émission en direct du Festival d'Avignon

ANNONCE

À LIRE

Théâtre public

FACEBOOK

Derniers articles de Marc Pittet

Les déboussolés

Il fallait du courage pour prétendre tenir face à cette mise en scène par Peter Stein du texte de Botho Strauss « Grand et Petit », tant la promesse d’être d’emblée déconcerté était palpable. En rediffusant cette longue représentation créée pour la première fois à Berlin en 1979, on peut s’interroger sur
7 avril 2020

Les déboussolés

DR L’agencement millimétré des corps, leur chorégraphie d’emblée tendue par delà tout l’espace de la scène, un canapé noir conspirent à notre intranquille installation au cœur de « Trust ». La vespérale captation de la Schaubühne, heureuse alternative en ces temps où tous les théâtres doivent rester fermés, se fait simultanément nôtre
27 mars 2020

Souffleurs de suif

Cru, répétitif, sans soulagement. Le rythme de ce docu-fiction, à moins que ce ne soit le contraire, est poisseux comme le velours des sièges bon marché sur lesquels s’entassent les garçons de nuit d’un bar viennois. Cette persistance sans onctuosité ni décontractions est amplifiée par les éclairages artificiels trop convenus
10 mars 2020

Dans un rai de lumière

Le temps s’arrête, expectoré. Pris à témoins, nous subissons l’idiome nazi comme une thoracique pesanteur. Cette scénographie à la troublante sobriété nous déplace sans retour dans les rigueurs de l’été 1944. Transpatialisation transmédiale en vert de gris taché d’horreurs spasmodiques. L’emboîtement monotone de formes grossières aux lignes bien droites, précipitent
4 février 2020

Tout ça pour ça

A travers l’obscurité, on distingue le mobilier d’un « Lokal » des années 90, on est à Zurich. Les protagonistes prennent place dans ce qui est, de jour, le café Chez Jakob et le bar Small g la nuit. Quand, de manière bien calculée, leur jeu s’ouvre, on comprend que
25 janvier 2020