24 février 2020

Ombre sensuelle

Beloved Shadows
Nach
© André Baldinger

Créé en octobre 2019 à L’Echangeur CDCN des Hauts-de-France, « Beloved Shadows » est le deuxième solo de Nach. Une expérience qui nous invite à faire histoire du corps et des désirs qui l’accompagnent.

Une première image, fascinante : un dos. Un dos et ses muscles, anguleux, mouvants, désirables. Du reste de ce corps, le spectateur ne voit rien, ou presque. Une femme ? Un homme ? Peu importe. Une image et rien d’autre. Mais c’est déjà beaucoup, tant cela charrie de sens et d’envies. Seul, le corps devient roi et qui l’observe se retrouve de facto dans la posture désirante de celui qui ne sait pas mais imagine. Ainsi le corps nous est-il offert comme une surface de projection sur laquelle la chorégraphe et danseuse nous invite à venir écrire au fil de petits éléments qu’elle nous donne. Des éléments précis, taillés, qui court-circuitent les errances de notre imaginaire pour venir nous faire développer les prémices d’une histoire commune. La sienne, qu’elle nous raconte malgré tout, et la nôtre, faite de nos vies antérieures et de la matière rêvée qui éclot peu à peu au gré de la représentation. Ces éléments ? Une structure, centrale, tournante,  triangulaire et dont les arrêtes sont marquées de néons. Cabine de peep show au centre de laquelle le corps désiré agit ? Métaphore simpliste du corps féminin ? Ici encore, peu importe. En tout cas des éléments signifiants dont le spectateur-auteur est appelé à s’emparer pour écrire son récit. De la vidéo aussi. Parfois réaliste, souvent expérimentale. Et du son. Sec, saccadé puis doux. Très doux. Des éléments pour complexifier la dramaturgie, qui s’interposent à la manière d’un collage brechtien afin que nos esprits fassent leur le récit que Nach nous propose. Aucune certitude ne nous est donc assénée, à l’exception d’un fait : le corps n’est rien tant qu’il est seul. Vivant, il a besoin de nos yeux regardants pour être, et c’est ce que nous dit cette autre bouée du récit qui nous est envoyée par l’entremise d’une voix ample, vaste et nostalgique qui vient clore le spectacle : « J’espère que tu vas bien… Ce n’est pas facile d’être seul. »

Jean-Christophe Brianchon

Jean-Christophe Brianchon

Journaliste à France Culture, Grazia, Théâtre(s) Magazine.

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