28 janvier 2020

Intus et in cute

Rain
Meytal Blanaru
© Pierre Planchenault

Un immense carré blanc sur le plateau. Au fond, appuyé contre le mur nu de scène, un corps. Il nous apparaît ridiculement petit, infiniment loin. Il se rapproche. Les mouvements sont lents, comme si chaque pas s’enfonçait un peu plus dans le sol. Meytal Blanaru, accompagnée par la musique de Benjamin Sauzereau, nous livre, jusque dans les moindres replis de son corps, la trace muette mais vivante d’un souvenir de l’enfance. Le corps vit et revit cet instant, tandis que les yeux éclatants ne nous lâchent plus et que les mouvements se font plus convulsifs.

Le corps de la danseuse, formé à la pratique du Feldenkrais, porte ici les stigmates de la mémoire. Il devient le lieu où s’écrit, se transcrit et se revit le déchirement intime. Meytal Blanaru nous invite à la suivre pour explorer les moindres recoins de ce souvenir qui, en remontant à la surface de l’âme, saisit le corps tout entier. La conscience se glisse jusque dans le plus petit mouvement des doigts de la main, qui s’agitent et se tordent pour aller chercher l’infime variation du souvenir. La lutte épuise et si le corps s’effondre, il reprend place pourtant. La mémoire s’effrite et l’empreinte du passé s’efface mais le corps demeure, immuable tabernacle de ce que nous avons été et de ce que nous sommes. Fascinant.

Auguste Poulon

Auguste Poulon

"Il est si bien, si salutaire aussi, de ne pas avoir une idée trop sérieuse de ce que l'on fait." (Paul Léautaud)

I/O n°118

ANNONCE

PODCAST

Prochaine émission : 06/07/2026 en direct du Festival d'Avignon

ANNONCE

À LIRE

Théâtre public

FACEBOOK

Derniers articles de Auguste Poulon

La mémoire des murs

L’artiste Olivier Crouzel, à l’occasion du chantier d’une salle de concert mythique en périphérie de l’agglomération bordelaise, le Krakatoa, a eu carte blanche pour fabriquer un matériau artistique issu du chantier lui-même. Du fracas a jailli une œuvre fascinante, entre archéologie et mémoire, comme un pont entre l’avant et l’après.
19 juillet 2026

La liste de nos souvenirs

Fanny de Chaillé, dans sa nouvelle création Ultrasensibles, est allée fouiller dans la mémoire de ses jeunes comédiens afin de faire affleurer des souvenirs et des images qui, bien qu’intimes, n’en demeurent pas moins universels. Une histoire du théâtre à travers la sensibilité de celles et ceux qui le font.
30 mai 2026

Naissance d’une étoile

Frédérique Voruz s’attaque, dans Chimère, au délicat sujet de l’assistance à la procréation médicale et, pour ce faire, choisit d’opérer un saisissant détour par le conte dans un travail où humour et gravité cohabitent harmonieusement. L’échographie devient un poème et la grossesse, un miracle. En commençant cet article, me reviennent
14 mai 2026

Le sang répandu et le rire

Thibaud Croisy a mis en scène sa propre traduction (accompagné, dans ce travail, par Laurey Braguier) de La Maison de Bernarda Alba, la dernière pièce écrite par l’écrivain espagnol Federico García Lorca, alors qu’il a été jeté en prison par les forces franquistes. Si l’on sait que la force du
3 avril 2026

Cris et chuchotements

Au mois de janvier, à Bordeaux, il est un rendez-vous devenu incontournable : le festival Trente Trente. Porté par Jean-Luc Terrade et la Compagnie Les Marches de l’été, le festival de la forme courte s’efforce de déranger en beauté, de provoquer, d’interpeller et nous oblige à faire un salutaire pas
26 janvier 2026