12 février 2020

Kafka intime

Journaux
Franz Kafka

Pourquoi une nouvelle traduction du journal de Kafka ? Un premier indice est donné par le titre de l’opus tout juste paru aux éditions Nous : « Journaux ». C’est que cette version rétablit en français l’intégralité des douze cahiers diaristiques de Kafka en s’appuyant directement sur ses manuscrits. Corrigeant, par le truchement du traducteur, Robert Kahn (qui se substitue à Marthe Robert), la version traditionnelle publiée chez Grasset dans les années 1950. Et rétablissant par la même occasion les coupes opérées par la censure de Max Brod – notamment les passages « scandaleux » sur les bordels – ainsi que son remaniement pour le moins laxiste de l’ordre chronologique des différents extraits. C’est que cette oeuvre, composée entre 1910 et 1922, est un étrange composite entre essais fictionnels et notations de vie quotidienne, parfois teintées d’un humour inattendu, illustrant souvent la difficulté à vivre – et à écrire – de Kafka, qui témoigne ainsi passer de longues heures à fixer ses doigts. « Je suis séparé de toutes choses par un espace creux, de la limite duquel je ne me rapproche même pas », déclare-t-il dans une lettre du 16 décembre 1911. La réédition de ses journaux est une façon, pour nous autres contemporains, de franchir un peu l’abîme qui nous sépare de l’écrivain. Deux minuscules obstacles contraindront toutefois ce franchissement : les dimensions volumineuses de l’ouvrage (le transportabilité a été sacrifiée sur l’autel du grammage épais), et l’absence d’un index, qui contribuent à affilier la lecture de cette réédition au plaisir profane plutôt qu’au devoir universitaire.

Mathias Daval

Mathias Daval

Journaliste depuis 2001, lauréat de la bourse du CNT en 2014, cofondateur de I/O et éditeur pour le Theatre Times, membre de la Fédération des critiques de la presse française. Il est également game designer et chargé de cours en master de journalisme culturel à l'université de Paris 3 Sorbonne-Nouvelle depuis 2020.

I/O n°118

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