24 février 2020

L’autobiomagie de Dani Lary

Tic-Tac
Dani Lary
© Yannick Perrin

Certains grands enfants se souviennent peut-être d’une soirée de décembre 1999, juste avant qu’une tempête historique abatte les peupliers du jardin, où ils découvrirent au coin du feu réveillonnant leur premier « grand cabaret. » Ce soir-là, le « grand Dani Lary » annoncé triomphalement par Patrick Sébastien dévoua un numéro au Père Noël où le magicien finissait par rajeunir. Son fils Albert apparaissait à sa place sous un drap blanc, ne se doutant pas que, vingt ans plus tard au Casino de Paris, son père à la barbe grisonnante lui transmettrait toutes ses poudres d’escampette.

Pour Dani Lary, le temps n’est pas ce « joueur avide qui gagne sans tricher » dont parlait Baudelaire avec mélancolie. Il ressemble plutôt à ces « années en lanière » de Michaux, ce bagage inépuisable que le poète prestidigitateur retourne à sa fantaisie. « Tic Tac » est la grande horloge de l’enfance retrouvée. De ses rouages surgissent la herse de la mort et l’oranger de la vie, un piano aérien et des flocons enfantins, le Pierrot d’hier et le petit Hervé de demain. Quarante ans d’une existence illusionniste résumés en deux heures, dans un spectacle qui croise tous les domaines de la magie et qui transporte par son alternance effrénée de numéros visuels et d’expériences mentales, de diapositives personnelles et de vibrants hommages, de parenthèses poétiques et de balivernes publicitaires. La dernière page de cette autobiomagie est une évasion aquariumnique qui tient tout simplement du miracle (la plus grande invention de Lary qu’il n’avait jamais présentée hors de la télévision). La preuve s’il en est que la « street magie » et toutes les téléportations technologiques de l’ordinaire, qui banalisent l’illusion en l’intégrant à l’expérience de la réalité, n’ont jamais ridé l’artisanat des vieilles malles.

« Dani Lary a la sagesse des hommes mûrs » déclare une spectatrice éblouie dans le hall du Casino de Paris. La seule maturité qu’on reconnaîtra à ce trublion de l’impossible est une force de l’âge à la Picasso. Passer toute sa vie à savoir disparaître comme un enfant.

Pierre Lesquelen

Pierre Lesquelen

Maître de conférences en études théâtrales à l'université Rennes 2, dramaturge et enseignant de dramaturgie, chroniqueur au Masque & la Plume sur France Inter, rédacteur en chef de Détectives Sauvages, média dédié à la jeune création.

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