2 février 2020

Un « Grand Central » hors-normes

« Territoire nouveau » – Spectacle d’ouverture à la Caserne des Vernets

La désaffection de la Caserne des Vernets profite aux amateurs festivaliers : la voilà métamorphosée en haut-lieu nocturne et musical de Genève à l’occasion des dix ans d’Antigel. Renommée pour l’occasion « Grand Central », patronyme que le festival accoutre à son QG mouvant selon les années, elle accueille — outre le premier « made in Antigel » et des soirées blind tests —, un restaurant, le Panorama bar, et surtout, chaque fin de semaine, toute une série de concerts et DJ sets, dans deux salles à l’atmosphère plutôt hétéroclite. Si la principale, assez aérée, toute en longueur, permettra presque de s’y alanguir, la seconde, dite le « super-bunker » — à jauge réduite et dédiée aux artistes émergents —, siphonne quant à elle le public au cœur d’une ambiance souterraine excitante. Tout les séparerait, sauf peut-être le goût pour les lumières monochromes, dont le festival suisse semble se faire une spécialité ; elles facilitent la perte de repères dans la nuit… Entre rouges et bleus stroboscopiques (le Signal d’Antigel, lui, sera plutôt violet), il ne faudra tout de même pas manquer les espaces périphériques, qui font souvent l’étoffe d’un lieu, surtout quand il est hors-normes. Car entre les salles, l’autre vie, militaire et industrielle (portail d’entrée, baraque de garde, devanture écrasante…) résonne d’un écho fantôme aussi ténu que les rampes à LED clignotantes placardées au long couloir principal, elles, étonnent par leur décalage pop. Par un passage dérobé, on y découvre notamment l’improbable bar à huîtres, le « Blue Oyster Lazer Bar », conçu par le duo Peter Stoffel et Antoine Bertier, une antre aux couleurs plus enguirlandées. Lieu en transition, puisque la la Caserne sera bientôt détruite pour faire place à un complexe immobilier, le « Grand Central » 2020, qui fait suite à la Tour CFF, promet donc d’être un lieu privilégié de la vie genevoise pendant trois semaines : on y entendra, entre autres, Sochi Terada, Legowelt, Ansome et Helena Hauff. Gageons, sans trop de doute, qu’il sera à la mesure des dix ans d’un festival toujours éclectique.

Victor Inisan

Victor Inisan


Docteur en études théâtrales, spécialiste de lumière de spectacle, critique à Libération et aux Midis de France Culture.

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