2 mars 2020

Vanasay Khamphommala, architecte de « Monuments hystériques »

(c) Marie Petry

Vanasay Khamphommala est artiste associé au CDN de Tours. « Monuments hystériques » est sa première création avec les comédien.ne.s du JTRC. Il sera bientôt à l’affiche de « X », nouvelle création du collectif OS’O, dont il est le dramaturge.

Qu’est-ce qu’un « monument hystérique » ?
Tout monument est hystérique, dans le sens où il est l’extériorisation, la matérialisation concrète, la somatisation en somme, des souvenirs ou des désirs d’individus ou de communautés. « Monument », étymologiquement, signifie « ce dont il faut se souvenir, ce qu’il ne faut pas oublier » : c’est donc un spectacle sur la manière dont nous, êtres humains, inscrivons nos histoires, petites et grandes, dans l’espace. Et les hystériques ne sont pas toujours celles et ceux qu’on croit ! Le spectacle est né du désir d’interroger nos pratiques d’artistes histrioniques qui, le temps de la représentation, investissons des lieux. Je voulais que, plutôt que de les envahir, nous cherchions à communiquer avec eux : le spectacle se transforme, jusque dans son texte, à chaque lieu dans lequel il est représenté.

Est-ce pour vous une nouvelle tentative d’invoquer les fantômes dans un « théâtre de l’instant » ?
Absolument ! Les fantômes sont centraux dans ce spectacle, plus peut-être que je n’en avais conscience lorsque nous avons commencé le travail. Nous cherchons à invoquer les fantômes, passés et futurs, des espaces où nous jouons, à réveiller les histoires qui s’y sont déroulées, les mots qui y ont été dits. Mais ces fantômes sont plutôt gentils ! C’est un spectacle pour tous les publics, notamment les enfants. Je voulais trouver un ton doux et apaisé pour parler avec légèreté du fait que tout passe, à commencer par nos vies. J’aime énormément travailler pour le jeune public : cela me met dans un endroit d’exigence à la fois d’absolue sincérité, mais aussi d’optimisme.

Vous parlez d’un « protocole », terme que les jeunes artistes emploient très souvent. Le théâtre protocolaire aurait-il dépassé le processus performatif ?
Je dirais plutôt que le protocole fait partie du processus performatif, qu’il est une manière d’encadrer l’imprévu et parfois le chaos qu’il espère en même temps déclencher. Dans le cas de« Monuments hystériques », il s’agit presque d’un protocole au sens diplomatique : comment dialoguer avec les espaces dans lesquels nous allons jouer, avec leurs usagers ? Mais ce protocole n’a rien de strict, et nous utilisons le terme avec un certain sens de l’autodérision. Nos protocoles préférés, ce sont les ratés : ceux qui nous enjoignent d’en inventer d’autres. « Rater encore, rater mieux », toujours.

Propos recueillis par Pierre Lesquelen le 19 février 2019.

Pierre Lesquelen

Pierre Lesquelen

Maître de conférences en études théâtrales à l'université Rennes 2, dramaturge et enseignant de dramaturgie, chroniqueur au Masque & la Plume sur France Inter, rédacteur en chef de Détectives Sauvages, média dédié à la jeune création.

I/O n°117

IO n°117

PODCAST

Prochaine émission : 18/05/2026

Offre de stage

ANNONCE

À LIRE

Théâtre public

FACEBOOK

Derniers articles de Pierre Lesquelen

L’enfant rêvé

Souvent mise en scène ou filmée, l’éducation relationnelle que fait subir la mère au fils donne parfois lieu à des représentations embarrassantes – celles où l’homophobie devient, par exemple, un moteur comique très complaisant. Dans son écriture, Arthur Dreyfus évite plutôt bien ses écueils. D’abord parce que son moi autofictif
20 avril 2026

L’image brûlée

Après le choc esthétique de Mami au dernier Festival d’Avignon, la programmation aux ateliers Berthier de Goodbye Lindita, création antérieure de Mario Banushi, dévoile l’évolution picturale de l’artiste. Sans du tout contredire son grand talent, sondons un peu l’artisanat évolutif de Banushi pour s’extraire du vieux vocabulaire critique qui pouponne
9 avril 2026

Lame de fond

Les spectacles didactiques et édifiants sur le vécu complexe des violences ont souvent mauvaise presse. Pas celui-ci. Il est vrai que les courtes scènes d’Entre parenthèses sont très démonstratives : leurs enjeux sont souvent bien saillants, leurs ultimes répliques synthétisantes et plotwistantes. La narration avance, selon une expression critique bien
8 avril 2026

Du populaire et du patrimonial

Voir à quelques jours d’intervalle Marie Stuart de Schiller, mis en scène par Chloé Dabert, puis Le Cid de Corneille monté par Denis Podalydès à la Comédie Française : de quoi mesurer deux attitudes artistiques, proches et contraires à la fois, face aux pièces historiques. Certes, les deux œuvres ne
2 avril 2026

Vanishing act

Les plus beaux gestes de théâtre documentaire sont ceux où le document rend la représensation réelle, et où le théâtre densifie le réel du document. Piano man est à cet endroit magnifique.  Dans ce spectacle dédié à un mystérieux, à un homme qui fit la une des journaux en 2005
19 mars 2026