1 octobre 2021

Codex Urbanus : anthologie des chimères

Chimères vandales
Codex Urbanus
DR

Exocoetus pterois, Calopteryx stelula ou Aquila fabularis… : dix ans après l’apparition de la première créature murale du street artist Codex Urbanus, les éditions Omniscience publient une compilation de plus de 300 de ses oeuvres. 

Il y a toujours une sorte de paradoxe, et même parfois un contresens, à vouloir figer sur un support exogène une oeuvre déracinée de son support d’origine. Les vitrines d’entomologistes savent quelque chose de ce cynisme scientiste. Et pourtant la collection des chimères de Codex Urbanus n’a rien d’une froide prison de papier : elle est plutôt une invitation au voyage urbain, à la déambulation dans une animalerie de pleine nature. Et puis le nom même de l’artiste n’annonçait-il pas la couleur ? Ce codex de pierre – tel que Victor Hugo désignait l’ésotérisme de Notre-Dame de Paris – tient aussi bien des représentations boschiennes que des figures d’un autre livre crypto-parodique, le Codex Seraphinius. Comme dans ce dernier, c’est l’imaginaire qui prime sur une quelconque visée performative. Car la magie des fresques de Codex Urbanus est de n’être ni politiques, ni esthétisantes, mais résolument poétiques, comme l’empreinte d’un monde onirique dont la clé serait peut-être cachée quelque part dans ces ruelles de Montmartre où elles virent le jour.

Notons le soin apporté à l’édition de l’anthologie avec, en miroir, le dessin de la créature stylisée et sa photo dans son milieu naturel. En complément, chaque figure ou presque s’accompagne d’un haïku composé par Codex Urbanus dont le minimalisme et la mystique font écho à ceux des chimères. Celui de la Libelula rex, par exemple : « Panique aérienne / Une vrombissante attaque / Aux dents acérées », ou de la Coenobita norvinae, qui résume peut-être tout l’enjeu de cette fantaisie urbaine : « Plus de place pour nous / Nous errons de mur en mur / En marge de la ville ».

Exposition Lautrec Circus du 30 septembre au 17 octobre 2021.
Galerie Roussard, 13 rue du Mont Cenis, Paris 18e

Mathias Daval

Mathias Daval

Journaliste depuis 2001, lauréat de la bourse du CNT en 2014, cofondateur de I/O et éditeur pour le Theatre Times, membre de la Fédération des critiques de la presse française. Il est également game designer et chargé de cours en master de journalisme culturel à l'université de Paris 3 Sorbonne-Nouvelle depuis 2020.

I/O n°117

IO n°117

PODCAST

Offre de stage

ANNONCE

À LIRE

CND
Théâtre public

FACEBOOK

Derniers articles de Mathias Daval

Alcid aminé

Dans la longue histoire de la consanguinité entre mythes antiques et théâtre, tout semble avoir été exploré, du vertige narratif du récit épique à l’ontologie du désespoir du drame psychique. Et puis il y a, comme « Herkül » de Cyril Balny, des tentatives formelles, bancales mais audacieuses, de reconstruire un imaginaire
8 novembre 2025

Spiel ou face

Du 23 au 26 octobre 2025, le centre d’exposition de Messe Essen, près de Cologne, s’est comme chaque année transformé en espace-temps entièrement dédié aux jeux de société. Un microcosme aussi bariolé qu’ultra-commercial. Avec près de 80 000 mètres carrés et 1 000 exposants de 55 pays réunis pendant quatre
3 novembre 2025

Jouer est politique

« Ce livre n’est pas une publication universitaire. C’est un appel à se réapproprier le jeu de société avec responsabilité, en pleine conscience de son impact et de son potentiel ». Force est de constater que le jeu de société n’a pas encore atteint sa phase de maturité comme objet
30 octobre 2025

This is an experience

« Le Périmètre de Denver », précédente création de Vimala Pons, nous avait laissé avec une sensation d’esquive de toute herméneutique de surplomb, de toute tentative de figer un sens définitif, au profit d’une forme poétique et polysémique. « Honda Romance » suit le même sillon, avec un résultat scénique à la fois plus
19 octobre 2025

Vue du pont

Puisque ce sont les mots qui importent, comment parler de Sirāt, le road movie électro et sous ecsta dans le désert marocain d’Oliver Laxe si ce n’est en disant quelque chose du mot arabe sirāt, qui signifie le chemin, la voie, la route, et à vrai dire pas n’importe quelle
16 octobre 2025