27 mars 2021

Déclinaison Possession

Les Possédés d'Illfurth
Lionel Lingelser | Lionel Lingheser | Louis Arene
DR

C’est sans masque que Lionel Lingelser, comédien du Munstrum Théâtre, livre son histoire, celle d’une enfance (dé)possédée. Imaginant son double fictif, Hélios, le comédien se raconte à travers le motif de la possession, en déplie les nuances, de l’aliénation à la puissance : ainsi, on peut être possédé par le diable – les Possédés d’Illfurth sont deux jeunes garçons qui furent, au XIXe siècle, selon une légende alsacienne (terre d’origine du comédien), sous l’emprise de Satan ; on peut aussi l’être par un mystérieux feu, celui qui anime Lionel Lingelser sur scène. Avec une énergie hors du commun, le comédien incarne les différentes présences que son histoire croise et abrite. Habité, il brille d’abord par l’intensité de son jeu, physique, nerveux et dense, capable de se dédoubler avec une agilité d’acrobate pour donner vie à ces multiples personnages, dont chacun décline une facette de ce que posséder veut dire : un metteur en scène égomaniaque et dominateur, obnubilé par la figure du duende ; un curé à l’accent alsacien ; des rencontres furtives de backrooms ; un camarade de sport plus âgé – c’est autour de lui que se cristallise la figure la plus dramatique de la possession : celle du corps de l’autre, sans son consentement. Celle, autrement dit, du viol, répété pendant des années, d’Hélios. Le débordement gestuel et le débit surexcité de paroles (parfois un peu trop chargés) laissent alors place à une puissante émotion. La mise en scène enchaîne sans répit scènes graves et échanges hilarants ; si bien que ce n’est qu’après le spectacle – pas le temps pendant – que l’on se rend compte à quel point Lionel Lingelser, outre avoir l’air terriblement sympathique, est bouleversant. La scène de théâtre devient un rituel exorciste, par lequel le comédien se purge du tourment, et s’offre au délice de se laisser posséder : par un rôle, par une mélodie, par un instant – autant d’expériences où s’offre la possibilité « d’être au présent ». Que d’émotions face à la mise à nu de ce comédien possédé par une vitalité hors norme.

Mariane de Douhet

Mariane de Douhet

Enseignante en philosophie au lycée, collaboratrice pour différents médias.

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