6 décembre 2021

L’Enchantement

Encantado
Lia Rodrigues
(c) Sammi Landweer

A l’occasion du portrait que lui consacre le Festival d’Automne, la chorégraphe brésilienne Lia Rodrigues présente « Encantado », créé en étroite collaboration avec les interprètes du spectacle.

Ils sont onze. Ils sont nus. Nu·es les danseurs et les danseuses, nu le plateau. On se dit dans la salle que ça ne va pas être évident, tout ce vide, ce silence, et c’est vrai, le début est ardu, aride même. Mais tout va naître sous nos yeux. Les couleurs. Les bruits. La vie, aussi. « Encantado » est un spectacle qui se mérite, et qui affrontera l’austérité du premier quart d’heure sera mille fois récompensé car il assistera à la naissance d’un monde.

En s’appuyant sur l’actualité anxiogène et sur l’écologie décoloniale de Malcolm Ferdinand et Torto Arado d’Itamar Vieira Junior, Lia Rodrigues dévie l’histoire de l’humanité pour en proposer une vision qui serait restée connectée à la Nature et aux éléments. Un réenchantement du monde qui, pour ne pas sombrer, déciderait de faire danse de tout, y compris du lavage des mains — dans une sorte de tuto d’hygiène incroyable qui finit en un passage à la Beyoncé. Alors on pourrait décider de ricaner bêtement devant ces gens qui nous apprennent à nous laver les mains dans les règles de l’art sur la scène de Chaillot, mais ce serait passer à côté de ce qui, il nous semble, est au cœur de « Encantado ».

Si le rituel du lavage des mains est un des effets premiers du Covid, alors c’est anxiogène. Mais si on le ramène sur le même plan que Beyoncé, on sort du médical pour intégrer la pop culture. Essayer de reproduire une chorégraphie de Beyoncé devant son miroir, se laver les mains comme recommandé, ça devient la même chose, un instantané du quotidien comme un autre dans lequel on peut injecter ce qu’on veut, y compris de la joie. La joie, pivot central de cet « Encantado ». Et dès lors que la joie est là, rien n’est plus grave et tout devient possible.

Audrey Santacroce

Audrey Santacroce

Rédactrice culturelle.

I/O n°117

IO n°117

PODCAST

ANNONCE

À LIRE

CND
Théâtre public

FACEBOOK

Derniers articles de Audrey Santacroce

La tristesse devrait-elle durer toujours ?

Dans un spectacle qui mêle danse, théorie filmique et histoire d’amour avec autant d’intelligence que d’humour, Daphné Biiga Nwanak et Baudoin Woehl nous montre le pouvoir consolateur de l’art. C’est au détour d’une promenade sur Wikipédia que Daphné Biiga Nwanak et Baudoin Woehl découvre le nom de Maya Deren, réalisatrice,
5 mars 2024

Que la joie vienne

On connaît son travail, et pourtant on ne s’en lasse jamais. Après « Phèdre ! » et « Giselle… », François Gremaud met un point final à sa trilogie consacrée aux figures féminines mythiques de la scène avec « Carmen. ». C’est qu’on croyait bien la connaître, l’Andalouse qui fait chavirer les coeurs, tant on baille
3 novembre 2023

Play, pause, repeat

Parallèlement à « Rituel 5 : la mort » créé en tandem avec Louise Hémon, la metteuse en scène Emilie Rousset continue son travail d’exploration d’archives sonores en solo, qui convoque pêle-mêle Karajan, chef·fes d’Etat, Nina Hagen, et son propre fils. On a coutume de dire, en ricanant plus ou moins jaune
28 novembre 2022

François l’Enchanteur

On ne s’y attendait pas, et probablement que lui non plus. Il a fallu que la vie et ses aléas s’en mêlent pour que François Gremaud, jamais en reste quand il s’agit de prendre les chemins de traverse, rêve en quelques jours « Allegretto », le solo qui remplacera le spectacle initialement
16 octobre 2022

Marche ou crève

Avec sa nouvelle création qui se joue au Théâtre National de Chaillot jusqu’au 1er octobre, Oona Doherty et ses douze interprètes livrent un spectacle brûlant sur fond de fin d’un monde. Ils et elles sont aligné·es en fond de scène, au son du « Concerto numéro 2 en ut mineur » de
28 septembre 2022