25 octobre 2022

Brutal parcours du coeur

Chapter 3: The Brutal Journey of the Heart
Gai Behar | Sharon Eyal
(c) Stefan Dotter for Dior

A quoi tient donc cette énergie particulière, galvanisante et ténébreuse, qui irrigue les spectacles de Sharon Eyal et Gai Behar ? Il y a ces mouvements des corps juchés sur les demi-pointes, mus par des ondulations venues le plus souvent du ventre, quelque part entre la vague sensuelle et le spasme. Il y a, aussi, ce format de DJ set commun à leurs trois pièces sur le thème de l’amour, « OCD Love« , « Love Chapter 2 » et maintenant « The Brutal Journey of the Heart » : à chaque fois une heure de danse, environ, sur la musique électronique d’Ori Litchik, sans pause aucune, et à chaque fois la musique saisit les danseurs depuis la première seconde du spectacle jusqu’au tomber du rideau, sans leur laisser jamais le moindre répit. Ainsi ces histoires d’amour sont des histoires de possession et d’épuisement, de corps possédés entièrement par une force qui est comme la vie même, la vie épuisante – une histoire qui ne laisse aucun espace entre le mouvement et l’immobilité qui serait comme la mort – , et il se joue quelque chose dans le regard que les danseurs adressent au public qui instille le tragique, comme une corrida : leur regard, encore humain, nous interpelle, mais leur corps est livré à la transe, et leur regard est comme une invitation obscène, et aussi un reproche, qui interroge notre sentiment à regarder ainsi les passions violentes et contradictoires animant ces corps dansants : le désir, la joie, la souffrance ; l’amour.

I/O n°117

IO n°117

PODCAST

Offre de stage

ANNONCE

À LIRE

CND
Théâtre public

FACEBOOK

Derniers articles de Stéphane Héliot

Whisky & Cigarettes

Je n’ai pas vraiment vu « Patriarcat », la pièce que présente à la MC93 la Winter Family – Ruth Rosenthal, Xavier Klaine et leur fille Saralei, créée à partir des enregistrements des agressions verbales de Xavier sur Ruth, que celle-ci a eu la drôle d’idée de consigner méticuleusement pendant deux années,
7 octobre 2022

Willis dans la vallée

C’est une représentation un peu inquiétante des sentiments aux temps contemporains que nous présente le collectif espagnol Kor’Sia, à l’occasion de sa relecture du ballet romantique d’Adolphe Adam. Il faut dire que Giselle, l’amoureuse transie de l’histoire, est mise en terre dès l’ouverture du spectacle, dans une séquence macabre où
16 juin 2022