20 octobre 2022

Love and no money

Love
Alexander Zeldin
© Nurith Wagner-Strauss

Créé en 2018, « Love » revient une seconde fois au Festival d’Automne, charriant son réalisme décapant sur les angles morts de nos sociétés contemporaines, prolongé la saison passée avec « Un mort dans la famille ». Souvent qualifié, sans doute à juste titre, de Ken Loach du théâtre, Alexander Zeldin a été nourri par la grande littérature sociale, John Steinbeck en tête. Ces quelques journées de prolétaires anglais dans un foyer social – toutes générations et origines confondues -, Zeldin les décrit comme le constat clinique et désespérant de l’ultralibéralisme tout autant que de l’échec de l’Etat-providence. Huis clos étouffant dans lequel rien d’autre ne se passe qu’un combat quotidien pour manger à sa faim et garder un peu de dignité, « Love » ne s’engouffre ni dans la voie du pathos, ni de la démonstration politique. Il agit comme une caméra posée au bord de ce gouffre invisibilisé parce que personne n’aime le voir en face. La théâtralité minimaliste, crue et cruelle, de la représentation de la souffrance pose, derrière la question morale, un rapport direct d’efficacité : le théâtre permet-il d’intensifier son regard sur le réel ? L’optimisme de Zeldin est de répondre positivement. Et on a envie de le croire.

Mathias Daval

Mathias Daval

Journaliste depuis 2001, lauréat de la bourse du CNT en 2014, cofondateur de I/O et éditeur pour le Theatre Times, membre de la Fédération des critiques de la presse française. Il est également game designer et chargé de cours en master de journalisme culturel à l'université de Paris 3 Sorbonne-Nouvelle depuis 2020.

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