28 novembre 2022

Play, pause, repeat

Playlist politique
Emilie Rousset
(c) Ph. Lebruman

Parallèlement à « Rituel 5 : la mort » créé en tandem avec Louise Hémon, la metteuse en scène Emilie Rousset continue son travail d’exploration d’archives sonores en solo, qui convoque pêle-mêle Karajan, chef·fes d’Etat, Nina Hagen, et son propre fils.

On a coutume de dire, en ricanant plus ou moins jaune selon le degré de fatigue ou d’énervement, que si le théâtre est politique la politique est aussi une interminable — et généralement très mauvaise — représentation de boulevard mâtiné de pantomime grotesque devant la diffusion d’images des débats à l’Assemblée Nationale. Il y a de cette idée de politique-spectacle dans « Playlist politique », tandis que sur la scène Anne Steffens et Manuel Vallade dissèquent l’intronisation d’Emmanuel Macron à la présidence en 2017, la comparant avec celle de François Mitterrand en 1981. Si la forme est d’une drôlerie parfois enfantine — on pense notamment à la tentative de reconstitution de l’arrivée de Macron à son pupitre au son de la « Neuvième symphonie » dans la cour Napoléon du Louvre où Manuel Vallade tente de répondre aux questions que nous ne savions pas que nous nous posions : combien de fois la séquence a-t-elle été répétée, et surtout, par qui ? — le fond n’en reste pas moins beaucoup plus sérieux.

A travers son travail méticuleux sur les archives auquel elle nous a habitué·es depuis son premier spectacle, Emilie Rousset retire patiemment une couche de sens après l’autre pour les soumettre au regard du public, mettant au passage un bon coup de pied dans l’image qu’on a de « L’Hymne à la joie ». A l’heure où la vie politique se conçoit essentiellement en termes de communication, que penser du choix de confier l’exécution de l’hymne européen à Karajan, chef du Philharmonique de Berlin aux accointances nazies planquées sous le tapis ? Si l’hymne a un rôle fédérateur au sein d’une communauté, pourquoi avoir retiré les paroles de celui-ci ? Autant de questions qui, comme les précédentes, infuseront dans l’esprit de chaque spectateur·ice tandis que s’avancent sur le plateau, tout de noir et de paillettes vêtu·es, les membres de la Queerale venu·es mettre tout le monde d’accord avec un autre hymne, moins officiel celui-là, dont on taira le nom pour ne pas gâcher la surprise ni la joie qui vient frapper la salle dès les premières notes.

Audrey Santacroce

Audrey Santacroce

Rédactrice culturelle.

I/O n°117

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