31 janvier 2022

Tous les chemins mènent aux Roms

Fantaisie Tzigane
Chloé Guêze | Petia Iourtchenko
© Nicolas Claris

Si la légèreté du titre de ce spectacle « Fantaisie Tzigane », à l’instar des volants aériens des danseuses, pourrait laisser entendre que l’on va assister à une simple bagatelle aux accents tziganes, force est de reconnaître que ce spectacle jeune public, écrit et mis en scène par la danseuse et chorégraphe Chloé Guêze, accompagnée au plateau d’Adeline Détée, dépasse l’horizon d’attente que son titre aurait pu laisser poindre dans l’esprit du spectateur.

Le talent de Chloé Guêze est d’avoir su tisser, en une série de tableaux chorégraphiés par le bouillonnant Petia Iourtchenko formé au Théâtre Romen de Moscou, les couleurs virevoltantes des robes tziganes avec les fils ténus d’une culture rom réduite, par les hommes et par l’Histoire, à n’être plus qu’un pâle reflet de cette civilisation aux mille visages. La quête effrénée de ces deux fées tziganes, Urma et Ursula, sous la menace de leur sœur Ursitory, qui vit dans l’obscurité et dévore la Lune, n’est pas sans rappeler l’errance de tous les peuples tziganes. Les lumières, habilement utilisées, habillent les deux danseuses et créent une ambiance onirique qui nous rappelle que le théâtre pauvre est aussi le plus fécond. La musique, ingénieusement arrangée par le compositeur et claveciniste bordelais Antoine Souchav’, accompagne subtilement les pas des danseuses.

Nous (re)découvrons ainsi, à travers le substrat mythique de cette histoire simple et belle, que la culture rom prend racine dans la même terre indo-européenne que les mythes fondateurs de la civilisation gréco-romaine. On le sait depuis longtemps, mais pourquoi l’a-t-on oublié ? Ces Parques, maîtresses de la Nuit et de l’Aube, déliant le fil du destin qui permet aux âmes de franchir le fleuve des morts, sont nos sœurs. Et, dans le rythme saccadé des claquettes, nous croyons entendre les battements d’un même cœur. Si la beauté des danses – quel moment fascinant que cette danse d’Urma sur la Montagne des Chats ! – confère au mythe un chatoiement particulier et nous entraîne dans un feu d’artifice de couleurs, nous n’oublions pas que ce spectacle nous parle avant tout de l’autre, de l’humanité. Notre humanité.

Auguste Poulon

Auguste Poulon

Docteur ès lettres et sciences humaines et professeur de lettres classiques en classes préparatoires aux grandes écoles.

I/O n°117

IO n°117

PODCAST

Prochaine émission : 06/07/2026

Offre de stage

ANNONCE

À LIRE

Théâtre public

FACEBOOK

Derniers articles de Auguste Poulon

La liste de nos souvenirs

Fanny de Chaillé, dans sa nouvelle création Ultrasensibles, est allée fouiller dans la mémoire de ses jeunes comédiens afin de faire affleurer des souvenirs et des images qui, bien qu’intimes, n’en demeurent pas moins universels. Une histoire du théâtre à travers la sensibilité de celles et ceux qui le font.
30 mai 2026

Naissance d’une étoile

Frédérique Voruz s’attaque, dans Chimère, au délicat sujet de l’assistance à la procréation médicale et, pour ce faire, choisit d’opérer un saisissant détour par le conte dans un travail où humour et gravité cohabitent harmonieusement. L’échographie devient un poème et la grossesse, un miracle. En commençant cet article, me reviennent
14 mai 2026

Le sang répandu et le rire

Thibaud Croisy a mis en scène sa propre traduction (accompagné, dans ce travail, par Laurey Braguier) de La Maison de Bernarda Alba, la dernière pièce écrite par l’écrivain espagnol Federico García Lorca, alors qu’il a été jeté en prison par les forces franquistes. Si l’on sait que la force du
3 avril 2026

Cris et chuchotements

Au mois de janvier, à Bordeaux, il est un rendez-vous devenu incontournable : le festival Trente Trente. Porté par Jean-Luc Terrade et la Compagnie Les Marches de l’été, le festival de la forme courte s’efforce de déranger en beauté, de provoquer, d’interpeller et nous oblige à faire un salutaire pas
26 janvier 2026

À nu

En 2018, Dominique Pitoiset a mis en scène ce texte écrit par Xavier Durringer pour Nadia Fabrizio. En hommage à l’auteur décédé en octobre 2025, le metteur en scène et la comédienne ont choisi de reprendre ce texte sur un plateau désormais quasiment nu. Bianca, avec sa perruque flamboyante et
12 janvier 2026