3 janvier 2023

Gloria, Lewis, Oskar… et Viktor

Mental circus
Viktor Vincent

 

© Koba

Un certain film de Christopher Nolan avait redonné aux magiciens du siècle dernier un prestige qui manque cruellement à la kitsch prestidigitation contemporaine. Prestige de l’illusionniste en complet rétro, à la moustache tressée à la baguette, à la scénographie épurée, au discours aussi philosophique que bonimenteur, un illusionnisme d’expériences que le mentaliste Viktor Vincent rabiboche à son tour. A ceci près que l’artiste ne s’enlise jamais dans le magnétisme autoritaire que l’on attendrait (celui d’un Mesmer), et que ses incroyables pouvoirs sont toujours rendus à ceux qui l’ont inspiré. Des hommes et des femmes mentalistes du premier XXe siècle (de Gloria à Lewis) dont les portraits se mettent progressivement à parler et à révéler leurs indices invisibles. Extrêmement bien écrit et calibré (tous les pans du mentalisme, de la révélation des souvenirs à la roulette russe version arme blanche, sont dépliés), ce « Mental Circus » steampunk et minimaliste est une réussite majeure de la magie nouvelle, car les mystères qu’il énumère sont parfois moins grands que le plaisir immersif et intellectuel qu’il procure globalement.  

Pierre Lesquelen

Pierre Lesquelen

Maître de conférences en études théâtrales à l'université Rennes 2, dramaturge et enseignant de dramaturgie, chroniqueur au Masque & la Plume sur France Inter, rédacteur en chef de Détectives Sauvages, média dédié à la jeune création.

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