10 juillet 2023

Histoires d’objets

Portrait de l'artiste en ermite ornemental
Patrick Corillon
(c) Christophe Raynaud de Lage

Une partie de Patrick Corillon est restée dans la forêt de « Pelléas et Mélisande », qui l’a tant marqué quand il avait douze ans. Avec ce florilège de quatre œuvres aux frontières du conte et du théâtre d’objet, « Portrait de l’artiste » est la démonstration que le minimalisme – faussement naïf – des petites formes issues de l’enfance ont la capacité d’emplir l’espace du rêve : autobiographiques ou fabulaires, elles convoquent un imaginaire à trous que chacun a le loisir de combler selon sa sensibilité. Dans « Le Dessous-dessus », c’est à un périple tactile et individualisé, dans la pénombre, que chaque spectateur est convié, reconstituant avec un délicat micro-paysage de fils et de perles une aventure légère, enfantine, à la fois symboliste et paréidolique. Dans cet espace-temps intime si singulier et fragile, ce n’est pas tant l’onirisme des mots que le ludique du dispositif qui parvient à créer un moment de ce que Corillon appelle justement « complicité », dont l’étymologie est ici fertile : le « cum plex », ce qui est plié ensemble, convoque l’image de gamins planqués sous une même couverture et jouant à se raconter des histoires.

Mathias Daval

Mathias Daval

Journaliste depuis 2001, lauréat de la bourse du CNT en 2014, cofondateur de I/O et éditeur pour le Theatre Times, membre de la Fédération des critiques de la presse française. Il est également game designer et chargé de cours en master de journalisme culturel à l'université de Paris 3 Sorbonne-Nouvelle depuis 2020.

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