6 juillet 2024

Petit spectacle, grandes idées

Pouvoir
Cécile Maidon | Michel Vallée | Noémie Vincart

Une marionnette et trois manipulateurs : c’est sur ce rapport inégal que s’appuie la dramaturgie drolatique du spectacle, savoureuse mais frustrante. La marionnette soudain dotée de conscience refuse de jouer le rôle qu’on lui a assigné et rêve à des chemins de traverse car après tout « comment raconter une histoire quand on y croit plus ? ». Pour se sortir de cette impasse, ils décident tous les quatre de procéder à un vote, évidemment perdu d’avance pour l’être de bois, seul, dans son désir de liberté. En interrogeant la pertinence du vote comme processus de choix dans une démocratie, Cécile Maidon, Noémie Vincart et Michel Vallée (irrésistibles) ouvrent un champ impensé et passionnant et quoi de mieux que l’art marionnettique pour s’y atteler ? Si les questions sont justes, les réponses manquent. Alors certes, le vote du public rétablit une apparente justice, tout à la cause de la marionnette après un discours de campagne convaincant mais les affres du pouvoir n’épargnent pas le pantin qui se désarticule devant les paillettes du pouvoir. Si le fil de la démocratie participative se distend, celui, magnifique, de la vie de la marionnette finit en beauté. Car, nous dit-on justement, ce ne sont pas les manipulateurs qui donnent leur âme aux marionnettes mais bien les yeux du public qui oublient très vite les chairs et les fils pour croire en l’existence de l’objet. D’une belle maîtrise technique, « Pouvoir » porte haut l’art de la marionnette et prouve dans une magnifique scène finale que nous avons raison de croire en l’impossible.

Marie Sorbier

Marie Sorbier

Rédactrice en chef de I/O
Fondatrice du journal et Directrice de la publication
Critique et journaliste sur France Culture

I/O n°117

IO n°117

ANNONCE

À LIRE

FACEBOOK

Derniers articles de Marie Sorbier

Bashar Murkus, le mal de père

Décidément, le festival d’Avignon 2025 a le mal de père. Et c’est le metteur en scène palestinien Bashar Murkus, directeur du théâtre de Haifa, programmé seulement trois fois en fin d’édition, qui met à jour, avec son spectacle « Yes Daddy », un fil cohérent de cette édition. A l’heure où le
25 juillet 2025

Marthaler prend de la hauteur

Soudain, six Suisses en tenues traditionnelles sont dans un chalet. Un monte-charge s’ouvre régulièrement pour apporter La Joconde ou des biscottes, tandis qu’un néon lynchéen grésille sous les poutres. Comme toujours chez le metteur en scène suisse-allemand, tout pourrait se résumer à une devinette pour laquelle l’auditoire attend, un sourire
15 juillet 2025

Ali Charhour, un écrin puissant pour les voix des femmes

Trois femmes puissantes. Ça sonne comme un titre de livre à succès, mais le spectacle que propose le chorégraphe libanais n’a rien du page-turner. Les projecteurs braqués sur le public éblouissent alors que tous les spectateurs cherchent encore leur place ; les yeux cramés par trop de lumière, il sera
8 juillet 2025

Tout simplement Brel

Peut-on danser sur les chansons de Brel ? Petits bijoux d’écriture, ces paroles, pensées pour être interprétées plein de sueur et de conviction, ont une place de choix dans le panthéon des amateurs de chanson à texte. Récits condensés d’images percutantes, ces courts-circuits efficaces s’inscrivent, par cœur, dans la mémoire collective
8 juillet 2025

« Les Incrédules » peinent à nous faire croire aux miracles

C’était pourtant un sujet alléchant. Que le théâtre s’empare du mystère des miracles et interroge ceux qui y croient – et ceux qui n’y croient pas – est une matière à spectacle qui promet. Le miracle, par essence indicible, serait-il plus tangible sur un plateau ? Pour le faire advenir, Samuel
7 juillet 2025