
Trois femmes puissantes. Ça sonne comme un titre de livre à succès, mais le spectacle que propose le chorégraphe libanais n’a rien du page-turner. Les projecteurs braqués sur le public éblouissent alors que tous les spectateurs cherchent encore leur place ; les yeux cramés par trop de lumière, il sera difficile de lire les premiers surtitres d’une voix off, inquiète. Ici, l’arabe s’entend plutôt qu’il se comprend. Et même si Charhour s’empare d’un sujet quasi documentaire – le travail clandestin des femmes au Liban, exploitées et privées de leurs libertés élémentaires –, c’est avant tout un spectacle qui modèle avec grâce et précision la matière. Les corps d’abord, qui viennent raconter leurs histoires et leurs humiliations. Chaque mouvement est un récit, chaque geste une cicatrice refermée. Le public tient alors un rôle essentiel, il est le récipiendaire de ces chutes et de ces injustices. Sans jamais tomber dans le pathos, les femmes retrouvent sur scène la voix qu’on leur a interdit d’utiliser pendant longtemps. Quand elles prennent la parole, les yeux grands ouverts vers l’horizon, quand elles chantent, elles s’adressent, elles espèrent que leurs proches entendront. Le passage sur le plateau représente pour ces femmes une chance que leur dignité affirmée soit une source d’inspiration pour d’autres et un réconfort pour ceux qui les aiment.



