
Conçu dans le cadre du programme « Performer les savoirs », développé en 2018 par les chercheuses Marion Boudier et Chloé Déchery, « Le Jeu des cartes du retour » (« The Feedback Game ») est un support ludique à destination des artistes et du public, pour stimuler l’échange autour d’un spectacle.
Coédité par l’école universitaire de recherche ArTeC et Les presses du réel, il participe de ces dispositifs d’intermédiation qui tente à la fois de créer des espaces d’expression pour les spectateurs et des passerelles entre émetteurs et récepteurs d’un projet artistique.
Les règles d’utilisation des 48 cartes sont extrêmement simples. Divisées en grandes catégories clairement identifiées par un code couleur, celles-ci sont jouées selon un séquencier adaptable : une préparation en amont entre modérateur et artiste, une introduction inclusive surnommée « Brise-glace » et une conclusion sous la forme d’un « cadeau » offert par le spectateur (une émotion, un conseil, une référence…). Entre les deux, tout est flexible selon les envies des uns et des autres, la durée de la session, et le type de public qui y est engagé. Certaines propositions sont formelles et précise le cadre de l’intervention du spectateur, d’autres plus créatives avec différentes modalités de partage de ses émotions ou de ses réflexions.
Si la grande liberté offerte par le jeu est une force évidente, certains auront peut-être souhaité quelques propositions plus cadrées de parcours-types, au-delà des suggestions sommaires présentes dans le livret de règles. Mais le projet s’inscrit tout autant dans une visée citoyenne et pédagogisante que dans la lignée des « instructions » à la façon des initiatives poético-ludiques du mouvement Fluxus inspirées par le surréalisme et proposées par des artistes sans primauté utilitariste. A noter que, d’abord pensé comme outil d’expression d’un ressenti de spectateur auprès d’un créateur, le jeu peut parfaitement être adapté à des dispositifs purement analytiques hors présence de l’artiste – par exemple un atelier sur la critique.
Enfin, mention spéciale à la conception technique du jeu : cartes grand format, bilingue français-anglais, imprimées sur un carton pelliculé à priori résistant aux nombreuses manipulations à venir, et illustrées par des dessins d’Eric Valette reprenant avec élégance des fragments d’objets d’art et scéniques cultes comme une peinture de Magritte, une performance de Jérôme Bel ou encore un film d’Alain Resnais. Voici donc un ovni éditorial qui utilise intelligemment la gamification pour servir un propos artistique.



