8 juillet 2025

Disert désert

Magec / the Desert
Radouan Mriziga
© Christophe Raynaud de Lage / Festival d’Avignon

La complexe identité du désert que composent ici tous les signes scéniques, de la danse à la musique jusqu’aux costumes, réfute toute idée qui ferait de lui « un espace sans culture, sans imagination » selon Baudrillard. Car le désert « de » Radouan Mriziga – après un premier volet dédié à la montagne – résiste à la facilité des discours et des images univoques, souvent plaqués sur lui par l’Occident. Énigmatique, il sculpte les contours, les formes de ce qui l’habite et préserve le mystère de sa substance en jouant sur la présence-absence – en cela, subtile est l’utilisation de la lumière. Ou bien, en fier méticuleux, il active son système relationnel, son rhizome, qu’incarnent autant que tissent ces six corps par une « mouvance » ultraprécise (à dominante break), tour à tour animalière, onduleuse et proprement humaine. Peut-être est-ce pour cette double raison qu’on peine un peu à y entrer, dans cet espace-là, mais une fois qu’on saisit sa singulière pulsation, qu’on s’engouffre dans sa respiration, souvent entre saccades et longs souffles de mouvements, et qu’on reçoit ainsi son langage, qui bruisse autant qu’il pense, la magie opère.

Hanna Laborde

Hanna Laborde

Journaliste pigiste culturelle (théâtre et danse) à Théâtre(s), La Lettre du spectacle et La Scène. Diplômée d'un master d’Études théâtrales et d'un master de Lettres modernes.

I/O n°118

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