
« Il faut être toujours ivre, tout est là ; c’est l’unique question (…) Mais de quoi ? De vin, de poésie, ou de vertu à votre guise, mais enivrez-vous ! » écrit Baudelaire dans l’un de ses poèmes en prose. Au contraire, les deux textes de Duras proposés par la Compagnie Méandres (France), ne célèbrent pas l’ivresse, mais nous plongent dans sa part obscure et destructrice. Avec « Alcool », la marionnettiste, Aurelie Hubeau, s’empare de deux textes de Marguerite Duras, « La Population nocturne » (une sorte de délirium tremens littéraire qui rappelle le surréalisme) et « L’alcool », une méditation profonde et douloureuse dans les eaux troubles des vertiges de l’alcoolisme. Si la première partie reste sage et trop illustrative, – un théâtre d’objets dont la géographie et les échelles varient sous nos yeux-, la seconde permet d’accéder à la fois à la puissance du texte et aux expériences limites qu’ils décrivent. Le spectateur plonge dans une « perception sensitive de l’expérience éthylique » grâce à un dispositif immersif (nos yeux sont déstabilisés par le mouvement des objets et les oreilles par la belle spatialisation du son). Chaussés de jumelles pour y voir de plus près, c’est dans la simplicité de cette seconde partie que le spectacle nous cueille. Le texte est offert en voix-off sans fioriture, tandis qu’une minuscule marionnette traverse le plateau sur un fil d’acrobate. Les manipulateurs dans l’ombre fabrique une illusion fébrile , élégante et délicate. On ressent alors physiquement la fragilité, le tourment et la puissance destructrice de l’alcool.


